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César avait repris son train-train, mais cette fois Aristide ne chantait plus, encore sous le coup de la souleur qu’il venait d’éprouver. Roulé dans sa peau de carriole, il se faisait petit, petit, dans la crainte de voir encore l’apparition se dresser devant lui. Surtout, il voulait sortir à la fin des fins de cette savane endiablée, et, pour cela, il activait César le plus qu’il pouvait.
Mal lui en prit de vouloir aller trop vite. Il n’a jamais su au juste comment la chose était arrivée, mais toujours est-il qu’à un moment donné il s’était senti soulevé et lancé jusque dans le fossé bordant la route. Quand il eut repris ses esprits, il ne lui fallut pas de longues minutes pour juger de l’étendue de son malheur. César gisait lamentablement sur le côté, dans un bon pied d’épaisse boue noirâtre, et la traîne, avec une partie de ses ridelles brisées, était presque sens dessus dessous. Agitant désespérément les quatre pieds, le cheval avait fait d’abord quelques efforts pour se dégager, puis s’était recouché, résigné, et il restait maintenant insensible à toutes les objurgations d’Aristide.
Pour mettre le comble, la nuit ne se passerait sûrement pas sans gelée. Aristide n’avait qu’à renifler l’air pour sentir le froid qui arrivait. Sans secours immédiats, son pauvre César courait risque de rester là encaqué jusqu’au printemps. Et cette grande diablesse de lune qui là-haut avait l’air de le narguer et de rire de lui tout son plein !
Et voilà qu’après s’être tiré un peu les cheveux et avoir lancé force « batêche » et « tord-nom », il s’avisa de penser au petit vieux de tout à l’heure.
— Bon saint Crépin, s’écria-t-il, si vous tirez mon César de là, je vous devrai une fière chandelle !
Il n’eut pas plutôt prononcé ces paroles que César se dressa tout à coup sur ses jambes, et remettant d’un seul tour de reins la traîne sur son séant alla reprendre sa place au milieu de la route. Je vous laisse à penser si notre homme en écarquillait les yeux.
Ouais ! se dit-il, tandis que j’y étais, j’aurais eu autant d’acquêt de lui demander de me donner un « berlot » au lieu de cette vieille bonne à rien de traîne.
Il s’était retourné à ce moment pour allumer sa pipe. Cette opération terminée, il s’apprêtait à se rembarquer, quand les bras lui en tombèrent du corps. De traîne, plus la moindre trace, et à sa place un beau « berlot » tout neuf et reluisant, avec à l’avant deux belles clochettes d’argent. Même les peaux de carrioles avaient disparu, remplacées par de superbes dépouilles d’ours noir dans lesquelles Aristide se coula et s’emmitoufla avec délices. Et ale donc !
Domitille est brunette, oui-dà !
Mais tu l’auras pas.
Et youp ! et youp ! là, là.