‹ Contes et nouvellesChapitre 8 sur 34 · 1

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C’était par une triste et froide après-midi du mois de décembre. Sur la Seine, un brouillard opaque, que rayaient confusément les longues lignes des ponts, flottait d’une rive à l’autre. Un ciel gris et terne, suintant l’humidité, planait sur toute la ville.

Je venais d’entrer à l’église Notre-Dame. La vieille cathédrale sommeillait, impassible dans la brume où se perdaient ses tours noires et trapues. À l’intérieur, une demi-obscurité oppressive que trouaient çà et là, dans l’enfoncement des chapelles, les points lumineux de quelques cierges. La vaste basilique était presque déserte. À peine quelques fidèles, quelques religieux agenouillés, courbés sous le poids de la prière ; puis quelques visiteurs, quelques curieux glissant sur les dalles avec un assourdissement de pas, sous les voûtes sonores, dans la pénombre recueillie qu’égayaient parfois les traînées lumineuses et coloriées des verrières. De temps à autre, les lourdes portes, aux gonds rouillés par l’humidité, grinçaient lugubrement en s’entrouvrant.

Il y avait déjà longtemps que j’errais dans la nef quand il me sembla entendre quelque chose comme une lamentation étouffée. Je m’avançai. Un bruit de sanglots comprimés avec peine, paraissant venir de l’une des chapelles latérales, me fit accélérer mes pas de ce côté. Jamais je n’oublierai ce qui s’offrit alors à ma vue.

Debout devant un petit autel élevé à la Vierge, dans l’un des angles d’une chapelle, un vieux prêtre, les mains tendues au-dessus d’un cercueil d’enfant, récitait les prières des morts. La lumière blafarde des cierges courait en tremblotant sur sa belle figure, d’une blancheur de cire, émaciée par l’ascétisme et la méditation. Sur toute cette belle tête, encadrée d’une longue chevelure blanche, les yeux seuls vivaient, brillant d’une lueur étrange semblant invoquer, dans leur muette éloquence, la pitié et la miséricorde du Très-Haut pour cette petite dépouille de jeune fille renfermée dans le cercueil. Et puis, au pied de ce cercueil, anéanti dans sa douleur, courbé sur les dalles, les mains entrelacées et crispées par le désespoir, un jeune enfant de douze à treize ans, à la figure hâve et défaite, aux vêtements en lambeaux, aux souliers éculés. Quelques spectateurs, dans les yeux desquels l’on voyait briller des larmes de compassion et de pitié, se tenaient respectueusement à l’écart. Tout cela formait un ensemble digne d’un tableau de Ribeira.