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La vue de cette scène tout intime, si poignante dans sa triste réalité, la douleur de l’enfant, la psalmodie funèbre du prêtre, tout cela m’avait arrêté et je ne pouvais dessaisir mes yeux de ce douloureux spectacle.
Certaines paroles prononcées autour de moi, jointes aux détails dont je m’informai, m’apprirent ce qui va suivre.
Ce pauvre enfant, dont la poitrine tressautait convulsivement sous les sanglots qui l’oppressaient, menait une existence précaire en vendant des journaux sur les boulevards. La petite fille qu’il accompagnait à sa dernière demeure était sa compagne d’enfance, son bien, sa vie. Tous deux orphelins et jetés dès leur bas âge, comme tant d’autres petits infortunés, sur le pavé de Paris, ils avaient réuni, concentré leurs efforts, attirés qu’ils étaient l’un vers l’autre par une attraction qu’ils ne faisaient que s’expliquer quand la mort était venue les séparer.
Requiescat in pace, dit le prêtre, et quelques gouttes de l’eau sacrée, comme une rosée de bénédiction, vinrent tomber sur la bière de la jeune fille, où avait été déposé un gros bouquet d’immortelles.
Elle s’appelait Marie. Il s’appelait Victor. Je me les figurais tous deux comme ils devaient être quelques mois auparavant, s’appuyant l’un sur l’autre, heureux et confiants dans l’avenir. Tous deux, libres et joyeux comme des oiseaux de printemps, puisant dans leur affection la force nécessaire pour surmonter les difficultés de la vie. Ils avaient fait des économies. Il y avait toujours du surplus pour entretenir des fleurs sur l’unique croisée de la chambre de Marie. Elle aimait tant les fleurs !