‹ Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866Chapitre 28 sur 57 · L'AUTOMNE

L'AUTOMNE

Septembre finissait: déjà le vent d'automne Du printemps, dans les bois, effeuillait la couronne. Les monts, dorés encor des reflets du soleil, Se mouraient sous ses feux. Chaque arbre à son réveil, Voyait le sol jonché de ses feuilles flétries, Brillantes de rosée et par le froid meurtries. Comme un rideau de gaze, une faible vapeur Jetait sur la vallée un voile de langueur; De quelques pauvres toits, en spirale dormante, S'élevait lentement une trace fumante, Tandis que le soleil, à l'horizon lointain, Rougissait les coteaux d'un rayon incertain.

En longs frémissements les brises murmurantes De l'automne apportaient les senteurs enivrantes Et soupiraient ces chants qui font rêver d'amour, Errants dans les échos sur le soir d'un beau jour. Et la nature alors chantait comme en un rêve Le silence et l'amour, l'ombre et tout ce qui rêve, Puis semblait, languissante ainsi que la beauté, Mourir dans sa splendeur et sa sérénité.

Octobre 1857.

MA FOLIE

Moi, j'ai fait ma folie D'une fille aux yeux bleus. Le moindre de ses voeux Dispose de ma vie.

Et jusqu'à son dépit, Jusques à ses pleurs même, Tout en elle je l'aime, Et pourtant elle en rit.

Et pourtant, si ma bouche S'égare sur sou cou, Elle m'appelle fou, La folle, et s'effarouche.

Et je suis furieux! Car elle est si jolie Que j'aime à la folie Cette fille aux yeux bleus.

Paris, Mai 1858.

A MARIE

En promenant, vous souvient-il, Marie, Vous me donniez votre petit bras blanc Que je serrais parfois, tout en causant? Vous pâlissiez malgré vous, ma chérie, Et votre voix tremblait en me parlant.

Je vous aimais, Mariette, et pourtant N'en disais rien, mais je mourais d'envie De vous conter mon secret, par moment, En promenant.

Mais vous partez; quand on part, on oublie. Vous allez donc vous marier, vraiment? Parfois, là-bas, si votre coeur s'ennuie, --Vos grands yeux bleus sont si doux en rêvant!-- Songez à moi du fond de l'Algérie, En promenant.

Toulon, Juin 1858.

RHODINA

Fille de Lesbos, vierge aux tresses blondes, Nymphe auprès de qui pâlirait Vénus, Fleur du Sunium, dont de chastes ondes Au soleil jadis baignaient les pieds nus!

Comme sur la mer, la mer frémissante Poursuit le sillon d'un fuyant esquif, Sur le sable fin l'onde caressante A-t-elle effacé ton pas fugitif?

Blanche Rhodina, ma déesse antique, Si chez les mortels, par faveur des dieux, Tes charmes divins, dans leur grâce attique, Daignaient un beau soir descendre des cieux,

Si tu revenais, ravissante et telle Que Cléphas te vit, un jour de péché, Je voudrais t'aimer d'amour immortelle A rendre jalouse Hélène ou Psyché!

Car parmi tes soeurs au chaste sourire Dont je vois s'enfuir dans les bois ombreux Le pas, cadencé comme un chant de lyre, Toi seule es la reine aux yeux amoureux.

Et tu m'aimerais, ma pudique amante, Tout en restant nymphe et divinité: Comme ton sein nu sa pudeur charmante, O reine, l'amour a sa chasteté.

Passy, Août 1858.

A L'HOTELLERIE

--SOUVENIR DE MUSSET--