‹ Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866Chapitre 42 sur 57 · I - II

I - II

Elle m'apparut, rasant l'eau, Dans le sillage du vaisseau. C'était le soir, elle était belle. J'avais vingt ans depuis un jour; Je compris qu'elle était l'Amour, Et je tendis les bras vers elle.

Son sourire était caressant. Elle me fit signe en passant De la suivre à travers les ombres. Mais soudain je la vis pâlir, Pencher sa tête et s'engloutir Parmi la mer Blanche, au flots sombres.

Quatre ans plus tard, sous d'autres cieux, Las de traîner, silencieux, Mon coeur et ses vaines alarmes, Un matin je la reconnus, Sortant des flots comme Vénus, Et riant à travers des larmes.

D'un pied rêveur elle sillait L'onde, où son reflet vacillait Comme dans un miroir qui bouge. «Ton nom?» fis-je. Elle répondit: «L'Espérance!» et se confondit Avec l'azur de la mer Rouge.