‹ Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866Chapitre 47 sur 57 · I

I

Au plein coeur de l'été, vers le milieu du jour, A l'heure où, des coteaux qu'un ciel ardent calcine, Le serpent vient dormir au bord de la ravine; Quand l'air semble sortir de la bouche d'un four, Et que le grand soleil, brûlant comme la braise, Grille un sol crevassé comme un mur de fournaise; Alors que la cigale au chant criard et faux Dont la monotonie est comme une cadence, Fait, seule, de son cri résonner les échos; A cette heure de calme et de profond silence, C'est un fait reconnu que tout bon musulman, Fermé dans sa maison, fume nonchalamment; Et, suivant sa fumée en spirales tordue, S'il entend par hasard quelque bruit dans la rue, Murmure entre ses dents, s'il est homme de bien: «Par Mahomet! ce n'est qu'un chien ou qu'un chrétien.»