‹ Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866Chapitre 48 sur 57 · II

II

..... La cour mauresque était silencieuse Et fraîche. On n'entendait, aux marbres des bassins, Que le chant vacillant de l'eau capricieuse Se perdant sous la voûte en échos argentins; Et, comme un rossignol, le soir, dans la campagne, Chante et, de sa chanson que nul bruit n'accompagne, Prête un calme plus doux aux douces nuits d'été: Tel, en se cadençant sur les murs de faïence, On eût dit que ce bruit grandissait le silence. Ainsi qu'un feu follet, dans un site écarté, La nuit, autour de lui, grandit l'obscurité.

Il faut l'avoir connu pour s'en faire une idée, Ce charme singulier, cette étrange torpeur, Dont les Orientaux font un divin bonheur: D'aspirer des parfums dont l'âme est affaissée, De rêver sans sommeil et presque sans pensée, Et, le regard perdu, la tête renversée, De vivre de mollesse et mourir de langueur.

Le marbre et ses blancheurs ont bien des indolences Que ne connaissent pas nos boudoirs d'Occident. O l'amour! les parfums! le vin! les nonchalances! L'oubli, surtout, l'oubli! le seul bien vraiment grand Et le seul désirable! Il est donc vrai qu'au monde, Sous nos tristes climats comme au soleil ardent, C'est vous que l'homme cherche à travers son néant!

Volupté! volupté! divine enchanteresse! Dis-moi ton dernier mot; laisse-moi jusqu'au bout Savourer à longs traits ton énervante ivresse. Je t'appartiens. Prends-moi. Révèle-moi surtout Si l'on peut, pour mourir en des plaisirs immenses, Épuiser d'un seul coup toutes les jouissances. Que je vide la coupe, et puis tout sera dit: Un linceul n'est-il pas toujours un drap de lit?

Si je vis sans jouir, que m'importe la vie? Que m'importe la mort si je meurs de plaisir? Quels regrets peut laisser cette soif assouvie De sentir, en mourant, tout ce qu'on peut sentir? Qu'un autre te méprise et te jette la pierre! Je t'aime, ô volupté! je t'adore, ô matière! Et qui n'a pas connu tes baisers épuisants N'aura jamais vécu, dût-il vivre mille ans!