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Chapitre 13 La paix des champs

Le soir devait bientôt tomber.
Nous allions, un ami et moi, voir, du haut de la terre du vieil Anselme Letiec, le soleil se coucher derrière les Laurentides.
À la porte de sa maison, le vieil Anselme, assis sur le perron de bois, immobile, la pipe aux dents, regardait au loin sa terre rougeoyer aux derniers feux du jour. Sa terre s’étendait, entre des clôtures bien alignées, du chemin du roi à la sucrerie, qui fermait l’horizon.

Poliment, nous demandâmes la permission d’aller, à travers champs, jusqu’au bois.

— Allez, mes amis. Vous êtes les bienvenus. Vous aurez seulement soin de fermer les barrières, rapport aux animaux.

Et nous voilà qui, en causant de toutes choses, traversons d’abord le parc aux bestiaux, près des bâtiments, puis des champs de foin, puis des prés, des avoines, des orges, des blés, et, voisine de la sucrerie, une friche.

Alors, retournés vers la lumière, nous contemplons, muets et recueillis, le spectacle grandiose, et toujours nouveau, que nous sommes venus revoir. Le soleil penche sur les montagnes lointaines ; déjà ses rayons se perdent dans l’ombre des sommets arrondis ; le bel astre, enfin, disparaît. Et, d’un bout de l’horizon à l’autre, tout flamboie…

Dans la fraîcheur du soir, nous revenons vers la maison, toujours en causant.

Le père Anselme était encore au seuil de sa porte, là où nous l’avions laissé une heure plus tôt. Il continuait de regarder sa terre entrer dans l’ombre.

En approchant, nous nous disions l’un à l’autre :

— Depuis une heure, nous avons parlé de ceci et de cela, de ce que nous savons et de ce que nous voudrions savoir. Nous avons raisonné, discuté. Si je ne me trompe, nous avons même renversé plusieurs gouvernements et presque refait à neuf la carte du monde ! Nous nous sommes, tous deux, creusé la cervelle pour trouver la solution de plus d’un problème… Il serait intéressant de savoir quelles idées le vieil Anselme retournait dans sa tête, pendant que nous fatiguions ainsi nos méninges…

Abordant le vieillard, je le lui demandai :

— Père Anselme, dites-nous, à quoi avez-vous songé, pendant que nous allions au bois voir coucher le soleil ?

La question parut d’abord le prendre au dépourvu. Il réfléchit un instant, puis :

— Si vous voulez le savoir, pendant ce temps-là, j’ai pensé au clos d’en haut ; je me suis demandé si j’allais le laisser en friche, ou si je devais, pour détruire le chiendent, y semer du sarrasin.

Telle avait été, une heure durant, son occupation.

— Et qu’avez-vous décidé, père Anselme, qu’avez-vous décidé de faire du clos d’en haut ?

— Je n’ai encore rien décidé, reprit-il. C’est seulement pour l’année prochaine. J’y repenserai.

†††

À quoi bon se préoccuper de mille et une questions, quand la vie est simple et facile ? À quoi sert de se hâter, quand on a le temps ? Pourquoi s’inquiéter d’autre chose que des semences futures ? Pourquoi se tourmenter vainement l’esprit, quand on peut se laisser vivre, l’âme sereine et tranquille, dans la grande paix des champs ?…

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