‹ Contes et propos diversChapitre 4 sur 37 · Chapitre 4 Le temps des bandons

Chapitre 4 Le temps des bandons

La commune, dans quelques paroisses de la province de Québec, est un terrain vaste, n’appartenant à personne en particulier, soumis à une administration spéciale, et dont les habitants tirent un certain profit : ils en font un parc public pour les jeunes animaux de ferme. Après la récolte, on ouvre les barrières de la commune, on défait les clôtures, et les animaux peuvent paître en liberté sur toute l’étendue du terrain 1. C’est le temps des bandons.

Cette expression, le temps des bandons, est un archaïsme, heureusement conservé et rajeuni chez nous.

Un ban, sous la féodalité, était une proclamation du souverain et, par analogie, une annonce publique par laquelle les citoyens étaient autorisés à faire une chose. Encore aujourd’hui, le ban est une ordonnance, une publication : le ban de mariage, c’est la publication du mariage ; le ban des vendanges, l’annonce que le temps des vendanges est arrivé.

Ban est le substantif verbal de bannir, qui vient lui-même du francisque bannjan, proclamer, publier, ordonner. (Bannir n’a pris qu’au XIIIe siècle le sens spécial de « chasser d’un pays », c’est-à-dire rendre une sentence d’exil.) Dans le bas-latin se trouve le produit intermédiaire bannum.

Le latin populaire avait aussi bando, bandonis, qui signifiait : ordre, prescription, et auquel répond le vieux français bandon.

Bandon signifiait proprement : « don par ban », c’est-à-dire : « don publié, don fait par proclamation », d’où : décret, permission, autorisation. On a dit : « mettre à bandon », pour mettre à permission, autoriser, puis pour « remettre, céder, laisser aller, » et enfin pour « délaisser ». De là, sont venus abandon, abandonner, abandonnement. Abandon, proprement, veut dire : « en liberté », et abandonner : « mettre en liberté ».

Autrefois, les bestes à bandon étaient des bêtes abandonnées, sans garde, en liberté.

Le temps des bandons est donc le temps où il est proclamé, annoncé publiquement que les habitants sont autorisés à faire paître le bétail sur le terrain de la commune et, par analogie, le temps de l’année où l’on abat la clôture qui entoure ce terrain et en défend l’accès.

q

Page 1