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Chapitre 8 La bénédiction paternelle

Beaucoup de nos vieilles coutumes, et des meilleures, sont en train de se perdre. Bientôt, nul ne les pratiquera plus ; déjà, c’est à peine si on les connaît. Quelques chercheurs s’y intéressent encore ; avant qu’elles ne disparaissent tout à fait, ils les enregistrent comme on herborise, ils les décrivent, ils en font le recueil comme de choses curieuses.

Eh ! que m’importe ce folklore, froide sépulture des traditions mortes ! Je n’y trouve qu’un faible et stérile souvenir de ce qui fut vivant.

Les vieilles coutumes s’en vont ; et il ne suffit point d’en conserver la mémoire : il faudrait les garder elles-mêmes.

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De ces coutumes qui se perdent, il en est de singulièrement précieuses, qui tiennent à l’esprit même de notre race, qui sont comme une expression de notre conscience nationale, et qui emportent avec elles quelque chose de notre âme. Elles font vraiment partie du patrimoine idéal hérité des ancêtres. N’est-ce pas forfaire que de les laisser s’éteindre ?

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Comment ne pas déplorer amèrement que se perde, par exemple, la bonne, la salutaire, la sainte coutume de la bénédiction paternelle ?…

Jadis, personne n’eût voulu commencer l’année, sans que, des mains étendues du chef de famille, ne fût descendue sur les enfants agenouillés la bénédiction d’en haut. Moment solennel ! Le père apparaissait revêtu d’un caractère sacré, et c’est Dieu qui, par sa voix, bénissait.

Quels fruits salutaires produisait la bénédiction du Jour de l’An : pardon de toutes les fautes, promesse de tous les dévouements, garantie de tous les respects ! Le seul souvenir de cette scène auguste devait arrêter plus d’un fils sur le bord des abîmes.

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Quelques familles gardent encore la tradition ; mais combien ne la pratiquent plus !

Les enfants qui n’osent plus demander la bénédiction de leurs pères, et les pères qui ne bénissent plus leurs enfants, savent-ils bien ce dont ils se privent eux-mêmes, et leurs familles, et la société, et la nation entière ?

Que deviendrons-nous, et que restera-t-il du vrai génie de notre race, quand la coutume sera toute perdue, et que nul des nôtres ne pourra plus se réclamer d’une bénédiction de son père ?…

Quelle figure ferait dans l’histoire un peuple chez qui la malédiction paternelle serait devenue de tradition ? et comment ce peuple, dont chaque citoyen porterait ce fardeau très lourd, saurait-il accomplir sa destinée ?… Il n’est personne, même chez ceux qui ne savent pas la vraie source de l’autorité paternelle, qui ne craigne la malédiction d’un père ; le fils maudit porte au front comme un signe d’infamie, et les siens le renient. Le peuple dont tous les hommes auraient été maudits par leurs pères serait un peuple réprouvé.

Comment donc la bénédiction paternelle n’importerait-elle pas au bonheur, non seulement des individus et des familles, mais encore de la société, de la nation ?

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Heureux les peuples qui gardent pieusement la coutume de la bénédiction paternelle ! Ils ont les dons qui font les races fortes ; de père en fils, et de siècle en siècle, la bénédiction descend, multipliée, sur les têtes plus nombreuses, et, à chaque génération, plus riche de vertus.

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