Chapitre 2
Or donc par un beau jour le bruit se répandit dans le village, – et Dieu sait s’il y fut bien accueilli, – que la Farlotte, et par conséquent la petite reine, sa fille, qui jusque-là avaient été pauvres à l’égal des plus pauvres, allaient être désormais riches à l’égal des plus riches.
Le vieil oncle avare venait de mourir, et, comme tous les avares qui ne peuvent supporter l’idée que leur argent bien-aimé doive passer en d’autres mains, il était mort sans faire de testament ; en sorte que toute sa fortune revenait de droit à sa nièce.
On fut d’autant plus aise de l’heureuse aubaine échue à la Farlotte et à Georgette qu’il ne semblait pas que ce subit enrichissement, – qui aurait pu tourner fâcheusement la tête à bien d’autres, – dût avoir pour effet de leur inspirer la moindre hauteur. Simples, affables elles étaient auparavant, simples, affables elles parurent vouloir rester ; et de même qu’on avait pu les estimer, les aimer, sans prendre garde à leur extrême pauvreté, de même elles parurent ne point prendre garde à leur extrême richesse pour continuer à mériter d’être estimées, aimées.
Il n’y eut guère de changé chez elles que le costume ; et encore ce changement était-il, vous le comprenez, de ceux qui, rendant plus saillante la charmante beauté de la petite Georgette, devait ajouter une force nouvelle au prestige dont elle était déjà entourée. Reine déjà quand elle était pauvre, la petite Georgette était donc devenue, en même temps que riche, plus reine encore que jamais ; et plus que jamais il y avait lieu de penser qu’elle garderait longtemps, bien longtemps, le beau titre que lui avaient valu les grâces de son coeur et les grâces de sa personne.
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