‹ Contes extraordinairesChapitre 42 sur 53 · II

II

Cependant Marie, mal à l’aise depuis quelques instants, étouffait dans sa chambre. L’oppression qui la tenait éveillée augmentait de minute en minute. Aux premières lueurs de l’aube, dès qu’elle distingua la fenêtre par où venait le jour, elle se leva doucement, sans éveiller son père, et elle aussi se dirigea vers les Rochers-Rouges. Elle respirait à pleine poitrine l’air pur et fortifiant du matin; elle admirait, elle aimait, elle chantait, elle vivait! Elle eût voulu caresser chaque plante et boire la rosée. Elle gravit la montagne, le cœur débordant d’une joie inconnue, et, au moment où elle en toucha le sommet, ces fines paillettes d’or qui précèdent le lever du soleil brillaient sur le château du rhingrave. De petits nuages légers, soyeux, brillants, changeaient à chaque instant de forme et de couleur. Les oiseaux, secouant leurs ailes mouillées, faisaient entendre déjà leurs premiers gazouillements; la rivière étincelait; les vitres de Munster s’éclairaient au-dessous d’elle, et les feux du matin perçaient, en s’allumant, les vapeurs tremblantes de la vallée. Enfin la plus haute cime de la Gans s’embrasa, et le soleil parut. Marie tomba à genoux. Au bout d’une heure, fatiguée, brisée, elle se coucha et s’endormit d’un sommeil léger. Un petit bruit se fit entendre à côté d’elle; mais Marie, loin d’en être troublée, respira plus à l’aise. Elle s’était endormie auprès d’un beau lis, qui, agité par le vent, lui caressait à chaque instant la tête. De la fleur sortit tout à coup une musique céleste, et si douce, si douce, qu’elle semblait vouloir respecter le sommeil de la jeune fille. Marie, sans s’éveiller tout à fait, ouvrit à demi les yeux; sa figure encore endormie s’éclaira d’un sourire divin: on eût dit qu’elle rêvait du ciel. Le musicien s’enhardit, il approcha de Marie et battit des ailes au-dessus de sa tête. C’était un voyageur, un étranger, un colibri qui lui chanta dans son langage:

«Éveille-toi doucement, tout à l’heure tu vas reconnaître ma voix. J’ai chanté près de ton berceau. Je suis né au pays de la lumière, et c’est elle qui m’a envoyé vers toi. Ne sois pas éblouie de ma parure quand tu ouvriras les yeux; les couleurs que je porte sont les reflets affaiblis du soleil qui m’a fait éclore; je suis léger comme l’air que tu respires en dormant; cette terre n’est pas la mienne, je ne la touche que du bout de mes ailes; mais les fleurs m’appellent quand elles m’aperçoivent là-haut, et m’ouvrent, quand j’approche, leurs corolles embaumées. Marie, Marie, Marie, éveille-toi doucement.»

Une brise fraîche et embaumée, qui soufflait de la montagne, caressait le front de Marie. La jeune fille s’éveilla et leva la tête, vive comme un oiseau. Marie avait les cheveux d’un noir d’ébène; ses grands yeux, noirs aussi et perçants, étonnaient par leur profondeur et leur limpidité; sa bouche était petite, sa figure ovale.

Le chant du colibri, qu’elle entendait vaguement depuis quelques minutes, les paupières à demi fermées, parvint distinctement à son oreille. Elle offrit son doigt à l’oiseau qui s’y posa gaiement, elle le caressa, le baisa, s’enivra de sa beauté.

--O mon bien-aimé, lui dit-elle, tu m’attendais sur la montagne. J’ai entendu le bruit de tes ailes et je suis venue. C’est toi qui dois m’apprendre le langage des fleurs et me raconter les merveilles de la patrie que j’aime tant!

--Suis-moi, lui dit l’oiseau, et il se cacha dans les pétales du lis.

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