‹ Contes fantastiques Tome VIChapitre 126 sur 159 · Moi

Moi

Ah, Berganza ! combien tout cela est vrai. Mais n’est-ce pas un acte inconcevable de vanité dont la stupidité la plus stupide peut seule être capable, qu’un drôle de cette espèce se permette de châtrer ainsi l’œuvre du poète quand celui-ci l’a si longtemps portée, couvée dans son sein, et en a profondément médité et mûri chaque scène avant de la jeter dans le moule du style ? Mais c’est précisément dans les ouvrages des plus grands poètes qu’il faut le plus d’intelligence de l’art, et le sentiment poétique le plus fin, le mieux exercé pour saisir le secret enchaînement des diverses parties, le fil ingénieux qui rattache à l’ensemble et coordonne les circonstances en apparence les plus futiles. Dois-je répéter encore une fois que Shakespeare exige cette expérience dans son lecteur plus souvent peut-être que tout autre auteur ?