Berganza
J’espère que tu ne prends pas ici le mot intention dans le sens élevé de la langue des arts, mais que tu veux seulement parler du but moral, du moins en apparence, des pièces de cet auteur. Et dans ce cas, je dois l’avouer que ces pièces, abstraction faite de tout système et de toute analyse poétique, me paraissent, quant à leur moralité, à leur tendance philosophique, dignes de marcher de pair avec ces édifiants sermons des prédicateurs de carême, menaçant les impies des tortures de l’enfer, et promettant aux justes la béatitude des cieux. Seulement le poète a l’avantage, comme dispensateur et exécuteur de la justice poétique, de pouvoir lui-même lancer à tort et à travers, comme il le trouve bon, ses arrêts de vengeance ou de rémunération. Bourses pleines et titres de conseillers, l’opprobre civil et la prison, tout est prêt dès que la toile se lève pour le cinquième acte.