Chapitre 4
Tout troublé, je courus m’enfermer chez moi, et vous devez bien penser que cette horrible scène m’avait trop profondément ému pour que je pusse, dans les premiers jours, me rendre compte d’une manière précise ou même approximative du véritable état des choses. Seulement, il était positif que le charme pernicieux qui m’avait si longtemps captivé était alors pleinement anéanti. L’image enchantée du miroir ne m’inspirait plus aucun désir, ne me causait plus aucune douleur, et bientôt je n’envisageai plus mon aventure nocturne dans la maison déserte que comme une visite fortuite que j’aurais faite dans une maison de fous.
Que l’intendant eût été constitué le gardien rigoureux d’une folle d’un rang distingué, dont on voulait dérober au monde la triste condition, il n’y avait pas à en douter. Mais comment le miroir pourtant… comment tant de circonstances bizarres et surnaturelles… ? Enfin, poursuivons, poursuivons !
Plus tard, il arriva que dans une nombreuse société je rencontrai le comte P ***. Il me tira à l’écart, et me dit en riant : « Savez-vous que les mystères de la maison déserte commencent à se dévoiler ? » Je prêtai aussitôt la plus vive attention ; mais comme le comte allait poursuivre sa confidence, la porte de la salle à manger s’ouvrit à deux battants et l’on annonça le dîner.
Tout préoccupé des révélations que le comte allait me faire, j’avais machinalement offert mon bras à une jeune personne, et je suivais lentement la colonne cérémoniale des convives. Je conduis ma dame à la place inoccupée qui se trouve devant nous ; en la saluant, je la regarde pour la première fois, et que vois-je ! mon image du miroir si ressemblante, si fidèle dans ses moindres traits, que je ne puis admettre la moindre possibilité d’illusion.
Vous devez bien penser que je sentis tout mon corps frissonner, mais je dois vous certifier aussi que je n’éprouvai pas le plus léger ressentiment de cette fureur amoureuse insensée et funeste qui s’emparait de tout mon être, lorsque mon haleine évoquait sur la glace cette merveilleuse figure de femme. L’excès de ma surprise ou plutôt de mon effroi dut se peindre clairement sur mes traits ; car la jeune fille me regarda toute étonnée, au point que je crus nécessaire, après m’être remis de mon mieux, de prétexter qu’un vivant souvenir ne me permettait nullement de douter que je ne l’eusse déjà vue quelque part. Mais je ne fus pas médiocrement interdit quand elle me répondit brièvement que la chose était peu probable, attendu qu’elle n’était arrivée à B… que de la veille et pour la première fois de sa vie.
Je restai muet. Le coup d’œil enchanteur que me lança un moment après la gracieuse enfant fut seul capable de me remettre. – Vous savez comment on doit, en pareille circonstance, déployer délicatement les antennes de son esprit, et essayer avec précaution de retrouver la touche qui résonne à l’unisson du cœur blessé. Je fis ainsi, et je reconnus bientôt que j’avais auprès de moi une tendre et angélique créature, mais dont l’âme, trop violemment surexcitée, souffrait amèrement. À quelques joyeux propos des convives, et surtout quand je mêlais à la conversation, comme en manière d’épices, certains mots hardis et bizarres, elle riait à la vérité, mais d’un air de souffrance particulier, et comme si elle eût été touchée trop rudement.
« Vous n’êtes pas gaie, ma gracieuse demoiselle ! La visite de ce matin, peut-être… » Ainsi commença un officier placé non loin de nous en s’adressant à la jeune personne. Mais au même moment, son voisin s’empressa de le saisir par le bras, et lui parla bas à l’oreille, tandis qu’une femme assise en face de nous, la rougeur sur les joues et le regard troublé, se mit à discourir à haute voix sur l’admirable opéra qu’elle avait vu représenter à Paris, et dont elle comptait faire la comparaison avec celui qu’on jouait ce soir-là même.
Les larmes vinrent aux yeux de ma voisine. « Je suis une folle enfant, n’est-ce pas ? » dit-elle en se retournant vers moi. Elle s’était déjà plainte de la migraine. « C’est, lui répondis-je d’un ton naïf, un effet ordinaire du mal de tête nerveux, et rien n’est plus efficace en pareil cas que l’esprit subtil et joyeux qui pétille dans la mousse de ce poétique breuvage. » En même temps, je versai dans son verre du Champagne, qu’elle avait d’abord refusé ; et tout en y goûtant, elle me remercia d’un coup d’œil de l’interprétation que je donnais aux pleurs qu’elle ne pouvait dissimuler.
Je crus voir enfin la sérénité renaître dans son esprit, et tout se serait bien passé, si, à la fin du repas, je n’avais par mégarde choqué rudement le verre anglais placé devant moi, de sorte qu’il rendit un son aigu et glapissant. Je vis ma voisine pâlir mortellement, et je fus saisi moi-même d’une horreur soudaine ; car j’avais cru entendre la voix perçante de la vieille folle de la maison déserte !
Pendant qu’on prenait le café, je trouvai l’occasion de me rapprocher du comte P ***. Il devina bien pourquoi. « Ne savez-vous pas, me dit-il, que votre voisine était la comtesse Edwine de S*** ? Et c’est la sœur de sa mère qui, depuis plusieurs années, est gardée en charte privée comme une folle incurable dans la maison déserte. – Ce matin, elles sont allées toutes deux, la mère et la fille, visiter cette infortunée. Le vieil intendant, qui a seul le secret de porter remède aux accès de folie furieuse de la comtesse, et auquel on avait exclusivement confié le soin de la surveiller, est tombé dangereusement malade. Il paraîtrait que la sœur a pris en conséquence le parti de mettre dans le secret le docteur K***, qui doit tenter encore des moyens extrêmes, sinon pour guérir radicalement la malheureuse, au moins pour la soustraire aux accès de frénésie dans lesquels elle tombe, dit-on, fréquemment. Voilà tout ce que je sais jusqu’à présent. »
D’autres personnes s’approchèrent, le comte se tut. C’était précisément le docteur K *** que j’étais allé consulter sur mon état énigmatique, et vous pensez bien qu’aussitôt que cela me fut possible, je courus chez lui, et lui racontai fidèlement tout ce qui m’était arrivé depuis notre dernière entrevue. Je l’engageai à m’apprendre, dans l’intérêt de mon repos, ce qu’il savait touchant la vieille folle, et il ne fit aucune difficulté de me confier ce qui suit, quoiqu’en me recommandant une sévère discrétion.
Angélique, comtesse de Z ***, quoique âgée de trente ans environ, était encore dans tout l’éclat de sa beauté merveilleuse, lorsque le comte de S***, beaucoup plus jeune qu’elle, la vit à la cour et s’éprit de ses charmes si passionnément, qu’il l’entoura, à partir de ce jour, des hommages les plus empressés. Et lorsque la comtesse quitta B… pour aller passer l’été dans les propriétés de son père, il se mit lui-même aussitôt en route dans le but de faire part au vieux comte de ses vœux auxquels la conduite d’Angélique paraissait laisser beaucoup de chances de succès.
Mais à peine le comte de S *** fut-il arrivé au château, à peine eut-il aperçu la sœur cadette d’Angélique, nommée Gabrielle, qu’il crut se réveiller tout à coup d’un rêve. Angélique lui parut décolorée et flétrie à côté de Gabrielle, dont la grâce et la fraîcheur le séduisirent irrésistiblement, si bien que sans plus s’occuper d’Angélique, ce fut sa sœur qu’il demanda en mariage au comte Z***, qui y consentit d’autant plus volontiers, que dès le premier moment Gabrielle avait manifesté un vif penchant pour le comte de S***.
Angélique ne témoigna pas le moindre chagrin de l’infidélité du comte. « Il croit m’avoir sacrifiée, le jeune fou ! il ne voit pas que c’est moi au contraire qui me suis jouée de lui et qui l’ai dédaigné ! » Tel était l’ironique langage que lui inspirait sa vanité, et en effet toutes ses manières semblaient constater la réalité de son mépris pour l’amant parjure. Du reste, depuis la déclaration des fiançailles de sa sœur avec le comte, Angélique ne se montrait plus que fort rarement, elle ne paraissait jamais à table, et passait son temps, disait-on, à rôder solitairement dans un petit bois voisin du château, qui servait depuis longtemps de but favori à ses promenades.
Un événement singulier vint troubler la vie réglée et tranquille qu’on menait au château. Les chasseurs du comte Z *** étaient enfin parvenus, avec l’assistance des paysans requis en grand nombre, à s’emparer d’une bande de bohémiens qu’on accusait d’être les auteurs de brigandages et d’incendies multipliés qui depuis peu désolaient la contrée. On conduisit dans la grande cour du château tous les hommes attachés à une longue chaîne, et une voiture chargée des femmes et des enfants. Mainte figure arrogante promenant autour de soi des regards farouches et hardis, à l’instar de tigres enchaînés, semblait caractériser le brigand et l’assassin décidé ; mais ce qui frappait surtout l’attention, c’était une femme vieille, hideuse, longue et décharnée, enveloppée de la tête aux pieds dans un châle d’un rouge de sang, et qui se tenait debout dans la voiture, en criant d’un ton impérieux qu’on la laissât mettre pied à terre, ce qu’on lui permit.
Le comte Z *** venait de descendre dans la cour et donnait déjà des ordres pour qu’on répartit les prisonniers dans les cachots souterrains du château, quand on vit tout à coup s’élancer précipitamment la comtesse Angélique, les cheveux en désordre et portant sur sa figure les signes d’une frayeur et d’une inquiétude mortelles. Elle se jette à genoux et s’écrie d’une voix déchirante : « Rendez la liberté, une pleine liberté à ces gens ! – ils sont innocents. Mon père ! ils sont innocents : fais-les mettre en liberté ! – Si une seule goutte de leur sang vient à être versée, je me plonge ce couteau dans le sein ! » Et elle brandissait en même temps un couteau à large lame, puis elle tomba elle-même évanouie.
« Eh, ma charmante mignonne, mon bien-aimé chérubin ! je le savais bien que tu nous protégerais. » – Ainsi s’écria d’une voix chevrotante la vieille au châle rouge, et, s’agenouillant auprès de la comtesse, elle couvrit sa gorge et son visage de ses baisers dégoûtants, tout en murmurant sans cesse : « Mon enfant, mon ange, réveille-toi ! – réveille-toi : voici le fiancé qui vient… Hi hi ! le joli fiancé ! » À ces mots, la vieille tira de sa poche une petite fiole remplie d’une liqueur transparente et limpide, dans laquelle semblait nager avec agilité un petit poisson doré. Elle posa cette fiole sur le cœur d’Angélique, qui reprit aussitôt ses sens ; et à peine eut-elle aperçu la bohémienne, qu’elle se leva avec vivacité et l’embrassa d’un mouvement passionné, puis elle regagna le château d’un pas rapide en l’emmenant avec elle.
Le comte Z ***, ainsi que Gabrielle et son époux. qui venaient d’arriver sur le lieu de la scène, restèrent muets d’étonnement et saisis d’une étrange frayeur. Quant aux bohémiens, ils paraissaient fort tranquilles et complètement indifférents à tout cela. On les détacha de la chaîne commune, et on les enferma, garrottés séparément, dans la prison du château.
Le lendemain matin, le comte Z *** convoqua le conseil communal, les bohémiens furent amenés devant lui, et le comte déclara hautement qu’ils étaient parfaitement innocents de tous les brigandages exercés sur les terres du domaine, et qu’il leur accordait un libre passage à travers ses propriétés. En conséquence, et à l’étonnement général, on leur délia les mains et on leur délivra des passeports en règle. – La femme au châle rouge n’avait point reparu.
On prétendait que durant la nuit le capitaine des bohémiens, reconnaissable aux chaînes d’or qui ornaient son cou et à son chapeau à larges bords garni d’un plumet rouge, avait eu une entrevue avec le comte dans la chambre de celui-ci. – Quelque temps après, il fut constaté d’une manière positive que les bohémiens n’avaient en effet pris aucune part aux vols et aux assassinats commis dans la contrée.
La noce de Gabrielle approchait. Elle remarqua un soir avec surprise qu’on chargeait plusieurs fourgons, dans la cour du château, de meubles, de caisses de linge, de vaisselle, bref d’un matériel de maison complet, et vit bientôt après les voitures s’éloigner. Le lendemain matin, elle apprit qu’Angélique, accompagnée du valet de chambre du comte de S *** et d’une femme déguisée qui ressemblait à la vieille et grande bohémienne, était partie la nuit même. Le comte Z*** donna l’explication de cette énigme en déclarant qu’il s’était vu obligé, par des raisons majeures, de souscrire aux désirs, singuliers à la vérité, de sa fille, qui avait sollicité de lui non seulement le don en toute propriété de la maison de B… dans l’avenue, mais encore la liberté d’y vivre isolément et dans la plus parfaite indépendance, sous la réserve expresse qu’aucun membre de la famille, sans en excepter lui-même, n’y mettrait jamais les pieds sans la permission de la comtesse. Le comte de S*** ajouta que, sur les vives instances d’Angélique, il avait dû lui céder son valet de chambre, qui était parti avec elle pour B…
Après la célébration du mariage, le comte se rendit à D… avec sa femme, et pendant un an ils jouirent d’une félicité que rien ne vint troubler. Mais la santé du comte s’altéra ensuite d’une manière tout à fait étrange. Une souffrance intérieure semblait lui ravir tout plaisir et toute énergie vitale, et les efforts de sa femme, pour lui arracher le secret qui minait aussi funestement tout son être, restaient sans succès. Lorsqu’enfin de fréquentes et profondes défaillances eurent offert des symptômes qui firent craindre pour ses jours, il céda aux conseils des médecins, et partit soi-disant pour Pise : – Gabrielle ne put pas l’accompagner à cause de son état de grossesse, et toutefois sa délivrance n’eut lieu que plusieurs semaines plus tard.
Ici, m’a dit le médecin, les demi-confidences de la comtesse Gabrielle de S *** deviennent tellement incohérentes, qu’il faut une grande pénétration pour en saisir le sens intime et l’enchaînement réel. Bref, son enfant, une petite fille, disparut de son berceau d’une manière inconcevable, et toutes les recherches à son sujet furent infructueuses. – Sa désolation est au comble, lorsqu’à la même époque, son père, comte Z***, lui mande l’affreuse nouvelle qu’il avait trouvé son gendre, qu’on croyait à Pise, dans la maison d’Angélique, à B…, où il venait de mourir sous ses yeux d’une apoplexie nerveuse, qu’Angélique était tombée depuis ce moment-là dans une démence épouvantable, et que lui-même ne survivrait pas longtemps à cet excès de calamité.
Dès que la jeune comtesse eut recouvré assez de force, elle se rendit dans les terres de son père. Au milieu d’une nuit d’insomnie, troublée par le souvenir et l’image de son époux perdu, de sa fille perdue, elle croit entendre un faible gémissement à la porte de sa chambre à coucher. Elle s’enhardit, se lève, allume un flambeau à sa lampe de nuit, et sort. – Dieu tout puissant ! accroupie à terre, enveloppée dans son châle rouge, la vieille bohémienne la regarde fixement, d’un œil terne et hagard ; mais elle tient dans ses bras un petit enfant qui pousse de plaintifs soupirs. La comtesse sent son cœur palpiter avec violence : c’est son enfant ! sa fille perdue !… Elle l’arrache des bras de la bohémienne, et celle-ci aussitôt roule à terre comme un mannequin, inanimée. Au cri d’effroi de la comtesse, tout le monde s’éveille, on accourt ; mais la vieille femme est morte ! tous les secours de l’art sont inutiles, et le comte la fait enterrer.
Que reste-t-il à faire, sinon de courir à B… près de la folle Angélique, pour obtenir d’elle peut-être quelque éclaircissement relatif à l’enfant enlevé ? Nouvelle péripétie. La frénésie sauvage qui s’est emparée de la comtesse a fait fuir toutes les femmes attachées à son service, et le vieux valet de chambre est resté seul auprès d’elle. – Angélique paraît soudainement rendue à la tranquillité, à la raison. Mais au récit que lui fait son père de l’histoire de l’enfant retrouvé, elle frappe dans ses mains avec des transports de joie, et s’écrie en riant aux éclats : « La petite poupée est donc arrivée ? bien arrivée ?… enterrée, enterrée ! Oh voyez ! de quel air majestueux le faisan doré agite ses ailes ! Ne savez-vous rien du lion vert aux yeux de feu ?… »
Tandis qu’Angélique parlait, son visage paraissait par moments prendre l’aspect et la ressemblance de la vieille bohémienne. Le comte s’aperçut que la folie la dominait de nouveau, et il se détermina à l’emmener dans ses terres ; mais le valet de chambre chercha à l’en dissuader. Angélique, en effet, entra dans des transports de fureur dès qu’il fut question de lui faire quitter sa retraite. Dans un intervalle lucide, elle supplia son père, en versant des torrents de larmes, de la laisser mourir dans cette maison, ce qu’il lui accorda avec une douloureuse émotion.
Il n’attribua pourtant qu’à un nouvel écart de démence l’aveu qui, à cette occasion, échappa de ses lèvres. Elle prétendit que le comte de S *** était revenu dans ses bras, et que l’enfant porté par la bohémienne dans le château de Z… était le fruit de leur tendre union.
On croit dans la Résidence que le comte Z *** a emmené avec lui l’infortunée dans ses terres, tandis qu’elle reste ici profondément cachée dans la maison déserte, sous la surveillance du vieux valet de chambre. – Le comte Z*** est mort il y a quelque temps et la comtesse Gabrielle de S*** est venue à B… avec Edwine pour arranger des affaires de famille.
Elle ne pouvait pas se dispenser de visiter sa malheureuse sœur, et cette entrevue a dû être signalée par d’étranges circonstances ; mais la comtesse ne s’est pas expliquée à ce sujet. Elle m’a dit seulement brièvement qu’il était devenu nécessaire de soustraire la pauvre folle à la tyrannie du vieux valet de chambre. On a su qu’il avait usé à son égard, pour réprimer ses accès, de traitements durs et cruels, et en outre, qu’abusé par la prétention extravagante d’Angélique de savoir faire de l’or, il s’était laissé induire à entreprendre avec elle toutes sortes d’opérations mystérieuses, et à lui procurer ce qu’elle réclamait à cet effet.
Il serait tout à fait superflu (telle fut la conclusion du médecin) de provoquer plus directement votre attention, à vous surtout, sur l’enchaînement secret de tous ces événements bizarres. Je ne doute pas que votre présence dans la maison déserte n’ait occasionné une crise décisive qui doit amener la guérison de la vieille Angélique, ou causer promptement sa mort. Du reste, je ne veux pas vous cacher que j’ai ressenti une excessive frayeur, lorsqu’après m’être mis en rapport magnétique avec vous, je vis ainsi que vous dans le miroir l’image prestigieuse. Nous savons maintenant tous les deux que cette image était celle d’Edwine.
De même que le médecin crut ne devoir rien ajouter pour moi à son récit, je regarde aussi comme absolument inutile d’entrer dans de plus grands détails sur les rapports intimes et mystérieux qui m’associaient au sort d’Edwine, d’Angélique, et du vieux valet de chambre, et sur l’intervention entre nous tous d’influences mystiques et diaboliques. J’ajouterai seulement qu’à la suite de ces événements singuliers, un sentiment pénible d’oppression et de noire mélancolie me força à quitter la Résidence, jusqu’à ce que j’en fus délivré subitement quelque temps après ; je crois que ce fut du jour où la comtesse Angélique mourut qu’un bien-être inattendu vint rendre à mes facultés une nouvelle énergie et raviver tout mon être.
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