Berganza
De toute mon âme ! – Toutes les femmes jetées une fois dans un moule, que leur esprit soit resté engourdi, ou qu’on ait faussé leur entendement, appartiennent sans rémission, dès qu’elles ont atteint l’âge de vingt-cinq ans, à l’ospedale degl’ incurabili1 et il n’y a plus rien à faire d’elles. La véritable vie des femmes est l’époque de la puberté, qui, embrasant leur double nature, rend leur âme avide de sensations et d’idées. La jeunesse embellit tous les êtres de sa pourpre éclatante, et l’ivresse du plaisir les couronne d’une auréole sacrée, de même que l’immuable retour d’un printemps éternel orne les buissons d’épines eux-mêmes de fleurs odoriférantes. – Ce n’est point une beauté exceptionnelle, ce n’est point un phénomène dans l’ordre intellectuel, non ! c’est uniquement ce moment de floraison, un certain je ne sais quoi, un rien, soit dans son extérieur, soit dans le son de sa voix, et qui ne peut commander qu’une attention passagère, mais qui suffit pour assurer partout à la jeune fille les hommages même des hommes les plus éminents, de sorte qu’au milieu des personnes de son sexe d’un âge plus mûr, elle se présente pour ainsi dire en triomphe, et comme la reine de la fête ! Mais hélas ! après le déclin de ce fatal période solsticial, les couleurs éclatantes disparaissent, et cette féconde vivacité de l’esprit se fane et s’éclipse sous une certaine froideur incompatible avec le sentiment poétique d’aucune jouissance.