Chapitre 3
Au bout de deux ans, Armand de Gavinard était devenu l’un des jeunes gens les plus à la mode de Paris. Il était d’un club coté, d’une écurie presque célèbre. On le citait partout et en toutes occasions, soit qu’il galopât son cob irlandais, le matin au Bois ; soit qu’il menât son attelage russe, l’après-midi, dans l’allée des Acacias ; soit qu’il apparût, le soir, dans une avant-scène de théâtre, en compagnie d’une jolie fille, dans un salon recherché où, les nuits de bal costumé, ses fantaisies étaient fort appréciées et du plus haut renom. Il eut même cette bonne fortune d’inventer à plusieurs reprises un de ces vocables essentiellement parisiens que la mode consacre pendant quelques mois et qui reçoivent toujours l’accueil le plus enthousiaste, aux soupers du duc de Ramo, dans les petits hôtels de la rue Prony et les journaux mondains. Il eut surtout des amours retentissantes, des duels fameux, et jusqu’à des aventures louches de tripot et de femmes, qui laissent traîner derrière leurs héros une sorte de respect mystérieux, d’admiration inquiète, et les classent définitivement au premier rang des élégances incontestées. Enfin, il arriva que Mlle Irma de Rungsberg, fille naturelle de feu le vieux baron de Rungsberg, dont elle avait hérité une fortune de deux millions de francs, s’éprit d’Armand, et déclara qu’elle voulait l’épouser.
Pendant ce temps, le père Gavinard payait, sans un reproche, sans une hésitation même, les dettes de son fils, et chaque fois qu’il le rencontrait, chez une actrice, dans le monde ou ailleurs, il se montrait avec lui d’une correction et d’une politesse charmantes.
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