‹ Contes vraisChapitre 25 sur 30 · 19.2 2

19.2 2

Aux premiers jours de la colonie, alors que le drapeau de la France, longtemps regretté, flottait glorieux sur les hauteurs de Québec, des peuplades indiennes parcouraient, chassant et pêchant, les vastes régions du nord. Nos saints missionnaires commencèrent leurs prédications sur les bords des fleuves et des lacs, comme autrefois Jésus. Les Sauvages emportaient, dans leurs courses lointaines, les paroles de la Robe-noire, et racontaient à leurs frères étonnés ce qu’ils avaient entendu.

Une de ces peuplades errantes avait élevé ses wigwams sur les rives du lac Croche. De quel nom s’appelait-il alors, nul ne le dira jamais.

Cette tribu était fière de son chef, le Sagamo, fière de son sorcier, le Jongleur.

Le Sagamo avait un fils : Matchounon, le Jongleur avait une fille : Onaïda.

Onaïda devait être fiancée à Matchounon, avant le départ pour la chasse.

Matchounon se rendit à la cabane du Jongleur avec les présents d’usage : une hache de pierre finement taillée, un tomahawk, un calumet ciselé et des peaux de castor.

Les présents ne furent pas acceptés.

— J’ai eu un songe, dit le père d’Onaïda, j’ai vu le Manitou et il m’a défendu de te laisser emmener ma fille dans ton wigwam. Il m’a défendu de te laisser emmener ma fille, à moins que tu ne te rendes à la grande bourgade des Visages-pâles, à Stadaconé, sur le bord du fleuve qui passe et revient toujours. Il m’a dit que la Robe-noire était venue, sur un grand canot, d’un pays étrange, par-delà le grand lac où le soleil se lève, pour nous enseigner des choses nouvelles et détruire son pouvoir. Il m’a dit que ces hommes, pâles comme le rameau du frêne à l’approche des neiges, et revêtus d’une robe sombre comme l’image d’un arbre au fond des eaux, portent avec eux un autre Manitou, jaloux et puissant, que des Jongleurs irrités ont fait mourir sur une croix, il y a bien, bien, bien des lunes…

Il m’a dit de t’envoyer chercher cet autre Manitou. Il veut le voir. Va. Reviens vite. Apporte-le, et Onaïda te suivra dans ta cabane. »

Le jeune chasseur partit.

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