‹ Contes vraisChapitre 26 sur 30 · 19.3 3

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Cependant Onaïda était triste, car son père ne lui avait pas dit pourquoi il avait refusé les présents des fiançailles.

Elle était triste et ne chantait plus en tressant les corbeilles et les paniers, avec des lanières taillées dans l’aubier de frêne pliant.

Elle craignait qu’il ne lui choisît un époux parmi les guerriers qui n’avaient pas encore attaché de chevelure à la ceinture de leurs reins.

Le fils du Sagamo descendit vers la rivière Batiscan, et longtemps il en suivit le cours accidenté. Elle serpentait, comme une route plane et blanche à travers des escarpements grisâtres, dans une solitude désolée. De place en place un rapide, où les panaches d’écume brillaient comme des flocons de neige au soleil, troublait l’éternel silence de la forêt par un grondement éternel.

Il marchait, et ses raquettes légères, semblables à d’immenses feuilles ovales, laissaient derrière lui sur le blanc tapis de neige l’empreinte assombrie de leurs mailles fines.

Toute une journée il suivit la rivière, puis il s’enfonça dans un ravin sinueux, au pied d’une montagne couverte d’arbres nus.

Il se dirigeait sur Kébec.

Un missionnaire, le père de Brébeuf, venait d’entrer dans la cabane d’un jeune Indien malade. Sasousmat était son nom. Sasousmat avait entendu parler des peines de l’enfer et des récompenses du paradis, raconte le religieux, et il voulait se faire conduire en France pour être instruit.

Le missionnaire le trouva dans le délire. Il en fut désolé. Le lendemain, des messes furent dites pour demander à Dieu que ce pauvre enfant des bois ne mourût point sans recevoir le baptême. Les prières furent exaucées.

Le malade, ayant éprouvé un peu de mieux, demanda à la Robe-noire de l’emmener dans sa demeure, car il souffrait du froid dans sa misérable cabane. Le bon Père le fit placer sur une « traîne » et l’emmena.

Or, pendant qu’il marchait avec peine sur la neige molle, à travers les arbres qui couronnaient encore le rocher de Québec, il fut rejoint par un jeune chasseur d’une tribu étrangère.

Il l’invita à le suivre.

Un éclair de joie brilla dans l’œil noir du jeune chasseur, Matchounon.

Matchounon avait entendu parler d’un Manitou puissant, dit-il, et il venait de loin pour le voir. Toute sa tribu se proposait de venir, après la grande chasse. Lui, il n’avait pu résister à la voix qui lui parlait dans son sommeil.

Tout en racontant ces choses mensongères, il passait sur son épaule la corde de la « traîne sauvage », pour aider le pieux missionnaire à transporter le malade, sous le toit hospitalier des Jésuites.

Là il vit mourir de la mort des saints le bon Sasousmat.

Il le vit mourir, mais il ne comprit rien à ses paroles pieuses, rien à sa foi touchante. Une pensée l’obsédait : s’emparer du Manitou des Visages-pâles ; une passion l’aveuglait : la possession de la belle Onaïda, la fille du Jongleur.