‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 157 sur 216 · XXXIV.

XXXIV.

Elle parvient enfin aux portes d'un monastère de Brahmanes, religieux ascétiques; monastère bâti au sein de ces forêts. Les ermites étonnés l'entourent et l'interrogent; elle leur raconte ses malheurs; ils lui prédisent le retour de sa félicité. À son réveil, le monastère et les ermites se sont évanouis comme une apparition ou comme un rêve. Damayanti reprend sa route; elle s'arrête au pied d'un arbre dont l'ombre donne la mort: «Ah!» dit-elle, «cet arbre est heureux au milieu de la forêt, c'est le souverain des bois environné des festons de lianes qu'il soutient et qui lui donnent la joie. Hâte-toi, ô bel arbre, de me délivrer de mes souffrances! Toi qui enlèves à l'homme le sentiment du fardeau de ses peines, n'as-tu point vu Nala, qui m'est si cher? Nala, dont la peau délicate n'est protégée que par la moitié d'un manteau? Nala, qui erre dans cette sinistre forêt, poursuivi par le désespoir? Cher arbre, oh! délivre-moi de la vie! ton nom ne signifie-t-il pas celui qui enlève les douleurs aux hommes? Ô bel arbre, que ton nom soit une vérité pour moi!»

L'arbre insensible lui laisse la vie. Elle poursuit sa course, rencontre une caravane de marchands dont la cupidité affairée et dure fait à peine attention à sa beauté et à ses larmes. On voit que, dès ces temps primitifs, le poëte indigné peignait la dureté déjà proverbiale des trafiquants de l'Inde. «Nous n'avons rencontré dans ces forêts que des lions, des tigres, des serpents,» lui disent-ils; «nous ne savons ce que c'est que Nala: nous voyageons pour chercher la richesse. Si tu es une déesse comme ta beauté le révèle, protége notre négoce et enrichis-nous!»

Damayanti suit néanmoins la caravane, couverte à peine de haillons, et insultée à l'entrée et la sortie des villes par les dérisions de la populace. La pitié ne peut émouvoir le coeur par un plus grand avilissement de la jeunesse, de la beauté et de l'innocence. Elle est enfin rendue à la tendresse du roi son père; elle envoie de tous côtés des Brahmanes messagers, pour découvrir le sort et le séjour de son époux.