‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 165 sur 216 · IV.

IV.

Ces paroles redoublent les larmes et les sanglots du père, de la mère et de la jeune fille. À ce spectacle le petit enfant, ému des larmes dont il ne comprenait qu'à demi la cause, et anticipant par son émotion sur l'âge où il pourrait défendre son père, sa mère et sa soeur, bégaya, dit le poëte, ces mots à peine articulés en courant de l'un à l'autre:

«Ne pleure pas, ô mon père! ne pleure pas, ô ma mère! ô ma soeur, ne pleure pas!» Et, brandissant dans sa main, au lieu d'arme, un brin d'herbe qu'il venait de cueillir: «C'est avec cela que je veux le tuer, s'écriait-il, le géant qui dévore les hommes!»

Astyanax, dans Homère, jouant avec le panache du casque de son père qui va mourir, ne présente ni un spectacle plus naïf, ni un contraste plus touchant. Mais le cri de l'enfant du brahmane, voulant combattre avec le brin d'herbe le géant meurtrier de sa famille, vibre plus avant et plus puissamment dans le coeur. Astyanax joue avec la mort qu'il ne voit pas; l'enfant du brahmane la brave et la défie pour sauver son père; l'instinct n'est plus seulement de l'instinct dans le poëme indien, il est déjà de la tendresse, de l'héroïsme et de la sainteté. Homère n'est que pittoresque; le poëte indien est spiritualiste.

On s'émeut d'admiration avec le Grec, on se sanctifie avec l'Indien.

Ce poëme, qui n'a été traduit que partiellement de la langue sacrée des Indes, se termine par le dévouement des hôtes du brahmane, par la délivrance de la famille et par la punition du tyran.

Mais nous allons lire et commenter avec vous un chef-d'oeuvre de poésie à la fois épique et dramatique, qui réunit dans une seule action ce qu'il y a de plus pastoral dans la Bible, de plus pathétique dans Eschyle, de plus tendre dans Racine. Ce chef-d'oeuvre est _Sacountala_.