‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 82 sur 216 · XXXIV.

XXXIV.

Malgré le froid de la saison, une grande porte vitrée était ouverte sur une petite cour fermée de tous côtés par de hautes murailles. Au milieu de cette petite cour, une fontaine en marbre distillait mélancoliquement un filet d'eau sonore; une pluie fine, semblable à un brouillard liquéfié, tombait froide et sans bruit sur les dalles de la cour. Cette pluie ajoutait au frisson de l'âme le frisson du ciel.

La malade était étendue à demi sur un canapé placé en plein air sur le seuil de la porte-fenêtre, entre la chambre basse et la petite cour, afin que la fraîcheur de l'atmosphère et le bruit de l'eau l'aidassent à respirer plus largement l'air qui manquait à sa poitrine.

Je la trouvai peu changée; elle avait maigri pendant son séjour à Saint-Germain, mais une coloration plus vive de ses joues, un éclat plus vif de ses yeux, un repos plus visible de ses traits, un timbre plus naturel de sa voix, me remplissaient de l'illusion d'une convalescence. La conversation fut souriante, légère, affectueuse, telle qu'il convient auprès d'un malade qui reprend à la vie, et à laquelle il ne faut donner que ces mouvements doux de l'esprit et du coeur, qui bercent l'âme comme dans ce second berceau de la mort.

Elle y prit part avec cette même élasticité de sentiments et de conversation qui couvrait d'intérêt ou de gaieté même, un fond de tristesse. Nous abrégeâmes la visite, dans la crainte de la fatiguer; nous nous retirâmes un à un, sans bruit, comme des amis discrets qui emportent une bonne espérance, et qui craindraient de la perdre en se la confiant. Ce fut notre dernier serrement de coeur et notre dernier serrement de mains. Nous apprîmes avec stupeur, le lendemain, qu'elle avait expiré sans faiblesse et sans larmes, entre les regrets qu'elle laissait sur la terre et les espérances qu'elle avait depuis longtemps placées au ciel.