XXXV.
Quand le bruit de cette mort se répandit dans Paris, on crut sentir que le niveau d'intelligence, de sentiment et de gloire du siècle avait baissé en une nuit d'une grande âme. Ceux qui ne la connaissaient que de nom la pleurèrent; ceux qui l'aimaient ne se consoleront jamais.
Ses obsèques furent le triomphe de la douleur publique. Les salons mornes, où tout le siècle avait passé sous le charme de son entretien et surtout de sa bonté, les cours, le jardin, l'avenue même des Champs-Élysées, n'étaient pas assez vastes pour contenir l'immense concours d'hommes de coeur et d'hommes de nom qui se rencontraient, sans s'être concertés, au pied de ce cercueil. Chacun y apportait un tribut, un souvenir, un charme, une piété, presque une reconnaissance; pas un seul une amertume.
Elle n'avait offensé qu'un seul homme dans sa vie, et c'était pour défendre son mari. Il faut effacer ces vers de ses oeuvres, car la plus petite vengeance ne monte pas au ciel avec nous. Mais la sainte colère de l'amour est-elle une vengeance ou une vertu dans un coeur d'épouse? N'importe, effacez-les. Ce tronçon brisé d'armes politiques ne sied pas sur une tombe de poëte, encore moins sur une tombe de femme. Plaire, aimer, pardonner, ce fut toute sa vie: que ce soit aussi toute sa mémoire!