‹ Cours familier de Littérature - Volume 03Chapitre 45 sur 137 · XXII

XXII

Au moment où l'enfant, placé sur son trône, est salué roi par l'acclamation des lévites, Athalie entre avec ses troupes, le rideau du temple se déchire; elle voit l'enfant, son successeur, couronné.

JOAD.

Paraissez, cher enfant, digne sang de nos rois! Connais-tu l'héritier du plus saint des monarques, Reine? De ton poignard connais du moins ces marques. Voilà ton roi, ton fils, le fils d'Ochosias. Peuples, et vous, Abner, reconnaissez Joas.

ABNER.

Ciel!

ATHALIE, à Joas.

Perfide!

JOAD.

Vois-tu cette Juive fidèle Dont tu sais bien qu'alors il suçait la mamelle? Il fut par Josabeth à ta rage enlevé; Ce temple le reçut et Dieu l'a conservé. Des trésors de David voilà ce qui me reste.

ATHALIE.

Ta fourbe à cet enfant, traître, sera funeste. D'un fantôme odieux, soldats, délivrez-moi!

JOAD.

Soldats du Dieu vivant, défendez votre roi.

(Le fond du théâtre s'ouvre: on voit le dedans du temple, et les lévites armés entrent de tous côtés sur la scène.)

ATHALIE.

Où suis-je? Ô trahison! ô reine infortunée! D'armes et d'ennemis je suis environnée!

JOAD.

Tes yeux cherchent en vain, tu ne peux échapper, Et Dieu de toutes parts a su t'envelopper, Ce Dieu que tu bravais en nos mains t'a livrée: Rends-lui compte du sang dont tu t'es enivrée.

ATHALIE.

Quoi! la peur a glacé mes indignes soldats! Lâche Abner, dans quel piége as-tu conduit mes pas?

ABNER.

Reine, Dieu m'est témoin...

ATHALIE.

Laisse là ton Dieu, traître, Et venge-moi.

ABNER, _se jetant aux pieds de Joas_.

Sur qui? Sur Joas! sur mon maître!

C'en est fait à ce mot; l'épée d'Athalie s'est brisée dans sa main.

Dieu des Juifs, tu l'emportes!

Elle exhale sa fureur impuissante en imprécations et meurt derrière la scène, sous le glaive des lévites.

L'impitoyable grand-prêtre s'adresse à Joas, dont il va gouverner l'enfance:

Apprenez, roi des Juifs, et n'oubliez jamais Que les rois dans le ciel ont un juge sévère, L'innocent un vengeur et l'orphelin un père.

Le rideau tombe, et Dieu reste présent dans sa toute-puissance, dans sa providence, dans sa bonté, dans sa vengeance, à l'âme des spectateurs édifiés par le poëte sacré et transportés d'un théâtre profane dans le sanctuaire de la Divinité. Les applaudissements succèdent lentement au silence transi du coeur et se partagent entre la Bible, Racine et le grand interprète qui vient de leur prêter sa voix.

Après ce jour, Talma ne grandit plus. Il parut rester aussi grand, mais stationnaire, comme un astre à son apogée.

La mort le cueillit avant son déclin.