‹ Cours familier de Littérature - Volume 04Chapitre 158 sur 194 · XXVII

XXVII

Les poëtes antipoétiques du dix-huitième siècle, Voltaire, Dorat, Parny, Delille, Fontanes, La Harpe, Boufflers, versificateurs spirituels de l'école dégénérée de Boileau, furent ensuite mes modèles dépravés, non de poésie, mais de versification. J'écrivis des volumes de détestables élégies amoureuses avant l'âge de l'amour, à l'imitation de ces faux poëtes.

André Chénier n'avait pas encore été recueilli en volume; je n'en connaissais que la sublime et divine élégie de _la Jeune Captive_, citée en partie par M. de Chateaubriand.

Bien qu'André Chénier, dans son volume de vers, ne soit qu'un Grec du paganisme, et par conséquent un délicieux pastiche, un pseudo-Anacréon d'une fausse antiquité, l'élégie de _la Jeune Captive_ avait l'accent vrai, grandiose et pathétique de la poésie de l'âme. L'approche de la mort, qui attendait le poëte à la porte de sa prison sur l'échafaud, avait changé le diapason de ce jeune Grec en diapason moderne. L'amour et la mort sont deux grandes muses; grâce à leur inspiration réunie, la manière trop attique d'André Chénier était devenue du pathétique. Ces vers avaient coulé, non plus de son imagination, mais de son coeur, avec ses larmes. Voilà le secret de cette élégie tragique de _la Jeune Captive_, qui ne ressemble en rien à cette famille d'élégies grecques que nous avons lues plus tard dans ses oeuvres.