‹ Cours familier de Littérature - Volume 04Chapitre 180 sur 194 · X

X

Cette femme si jeune, si belle et si touchante alors au milieu de son ménage et de ses enfants, n'était pas cependant très-érudite; elle n'était pas douée d'une de ces imaginations transcendantes qui colorent de tant d'éclat, et souvent de tant d'éblouissements, la vie, les idées ou les passions des femmes artistes; elle n'avait de transcendant que la sensibilité; toute sa poésie était dans son coeur: c'est là en effet que doit être toute celle des femmes. L'art est une déchéance pour la femme: elle est bien plus que poëte, elle est la poésie. La sensibilité est une révélation, l'art est un métier; elles doivent le laisser aux hommes, ces ouvriers de la vie; leur art, à elles, est de sentir, et leur poésie est d'aimer.

Ce sont ces réflexions, que je n'ai faites que plus tard, qui m'ont appris comment cette femme, dont l'imagination n'était qu'ordinaire et dont l'instruction ne dépassait pas celle de son sexe, était cependant si supérieure par l'inspiration et par la grandeur d'âme. C'est que le génie a deux natures: flamme dans la tête de l'homme, chaleur dans le coeur de la femme. C'est cette flamme qui illumine le monde extérieur des idées; c'est cette chaleur qui couve et qui fait éclore le monde intérieur du sentiment.

Malheur aux femmes qui excellent dans les lettres ou dans les arts! Elles se sont trompées de génie. Si elles se ravalent à imaginer, soyez sûrs que c'est qu'il leur a manqué quelque chose à aimer: leur gloire publique n'est que l'éclat de leur malheur secret. Hélas! il ne faut pas les envier, il faut les plaindre d'être admirées. Demandez-leur si elles ne troqueraient pas tout le bruit de leur nom contre un soupir qui ne serait entendu que de leur coeur?