III
Ce qu'il y a de remarquable dans ce jeune homme, Wolfgang Mozart (la plus prodigieuse organisation musicale qui fut jamais), c'est que la musique et l'homme en lui ne sont, pour ainsi dire, qu'un seul être; la musique est couchée avec lui dans son berceau, il balbutie à l'âge de trois ans, sur les genoux de son père ou de sa mère, des airs au lieu de paroles; la musique joue avec lui sur tous les instruments sonores comme avec les jouets de ses premières années; la musique écrit par sa main des sonates pour le clavecin, des fugues pour l'orgue des cathédrales ou des opéras pour les théâtres d'Italie dès son adolescence; elle voyage avec lui de Milan à Naples, de Naples à Venise, de Venise à Vienne, de Vienne à Paris, enlevant à toutes ces langues, à tous ces climats, à toutes ces vagues, à tous ces vents, leurs harmonies, comme la brise, en parcourant la terre, lui enlève tous ses parfums pour s'embaumer elle-même. La musique sanglote avec lui au chevet du lit de mort de sa mère et s'associe à ses funérailles. La musique se mêle à ses amours; elle écrit avec lui de sa main mourante son angélique _Requiem_; elle note ainsi son premier et son dernier soupir; elle l'exhale avec son âme et va se joindre au concert céleste dont toute sa vie n'a été que le prélude ici-bas.
C'est le caractère de l'existence de Mozart: ce n'est pas un musicien, c'est la musique incarnée dans une organisation mortelle.