‹ Cours familier de Littérature - Volume 05Chapitre 39 sur 138 · XXXI

XXXI

Le plus sublime pathétique se retrouve bientôt après ces jeux, au vingt-quatrième et dernier chant.

«Achille, après ses funérailles, pleure en pensant à ce cher compagnon perdu de sa vie, Patrocle. Le sommeil, qui triomphe de toutes les peines, ne peut fermer ses paupières. Il s'agite en tous sens sur sa couche en regrettant la force et le généreux courage de son ami; il songe à tout ce qu'ils ont autrefois accompli ensemble, soit en combattant, soit en traversant les mers impétueuses. À ce souvenir il répand des larmes brûlantes, tantôt couché sur le flanc, tantôt sur le dos, tantôt sur la poitrine. Tout à coup, se levant, il s'en va errer triste sur le rivage de la mer; l'Aurore l'y retrouve quand elle revient éclairer l'Océan et ses plages.»

Le féroce Achille attache à son char le cadavre d'Hector et le traîne trois fois dans la poussière autour du tombeau de Patrocle. Les dieux indignés se soulèvent à la voix d'Apollon. Jupiter décide qu'Achille recevra enfin la rançon du corps d'Hector par son père, le vieux Priam. Il envoie la messagère céleste, Iris, pour donner ce conseil au héros des Grecs. «Entre les rochers d'_Imbros_ et de _Samos_, Iris, dit le poëte, se précipite dans les noires ondes et la mer gémit sous son immersion. Elle plonge au fond de l'abîme, comme le plomb suspendu à la corne d'un boeuf sauvage s'enfonce sous les vagues et porte l'appât meurtrier aux poissons dévorants.» Cette étrange et pittoresque comparaison révèle des procédés de pêche en usage aux bords de l'Ionie et inconnus aujourd'hui.

Thétis, mère d'Achille, se rend à l'ordre de Jupiter, et va dans la tente d'Achille parler à son fils. Admirez avec quelle connaissance de la nature Homère fait insinuer la pitié par la bouche d'une femme, dont le coeur est pétri de plus de larmes et de plus de tendresse que le nôtre.

«Ô mon fils, dit Thétis après avoir caressé de sa main divine la tête de son fils, jusqu'à quand, triste et chagrin, rongeras-tu ton coeur, oubliant la nourriture et le doux sommeil? Il est bon cependant de s'unir d'amour à une épouse. Hélas! tu n'as pas longtemps à vivre! Rends la liberté au corps inanimé d'Hector, accepte la rançon de son cadavre.»