‹ Cours familier de Littérature - Volume 06Chapitre 123 sur 180 · XXVII

XXVII

Ce principe d'autorité trouvé ou retrouvé, on conçoit quelle sainteté naturelle et originelle Confucius et ses disciples impriment au pouvoir monarchique confondu avec le pouvoir paternel; on conçoit aussi quelle dignité, quelle moralité, quelle solidité ce même principe donne à l'obéissance filiale des peuples. C'est pour eux la législation du sentiment. Ni tyrans ni esclaves; un père sans tyrannie pour tous, des enfants sans murmure d'un même père, voilà l'autorité.

Nous allons voir comment Confucius et ses disciples tempèrent ce pouvoir qui serait ou deviendrait tyrannique s'il était absolu dans la pratique comme il l'est dans la théorie. Il le tempère par ce même esprit de famille dont il fait le fondement de sa politique.

Voyons d'abord la constitution politique que le philosophe législateur fait découler ou plutôt laisse découler de son principe d'autorité paternelle.

Le souverain est _le père et la mère_ de l'empire.

Les sujets sont tenus envers lui à la même piété filiale qu'envers leur propre père.

Dans chaque famille de l'empire, le même principe se ramifie et consacre l'obéissance et le respect envers les pères et les ancêtres jusqu'au culte extérieur.

Ainsi la loi politique et la loi civile ne sont qu'une seule et même loi sous deux formes, l'autorité de l'amour en haut, l'obéissance par l'amour en bas.

Suivons:

Les sujets sont égaux devant le père, qui est la loi vivante.

Cette loi vivante dans le père souverain est néanmoins dominée par les lois écrites appelées les rites, les usages, les cérémonies, qui sont censées émaner de l'autorité sacrée des ancêtres ou des premiers pères de la grande famille.

Le père ou le souverain, comme dans les familles à demi émancipées, remet une partie de son autorité à des conseils de famille composés des sujets les plus sages et les plus distingués par leur intelligence et par leur vertu.

Ce sont les ministres.

Parallèlement à ces ministres délégués du souverain, il y a des conseils ou tribunaux indépendants d'eux et même du souverain, conseils chargés de faire respecter les rites ou les lois que le souverain et ses ministres seraient tentés d'enfreindre;

D'autres tribunaux sont chargés de surveiller la distribution de la justice;

D'autres, de la police ou de l'ordre;

D'autres, de l'administration, etc., etc.;

D'autres, enfin, de surveiller le souverain lui-même, de lui présenter des remontrances contre ses infractions aux rites ou aux lois, et d'inscrire jusqu'à ses fautes privées ou jusqu'à ses paroles mal séantes sur les registres historiques inviolables de l'empire.

L'intelligence cultivée (les lettrés) est le seul titre aux fonctions publiques.

Les lettrés sont examinés. Ils montent, selon leur aptitude, au rang de mandarins ou de fonctionnaires publics de toute espèce.

Le dernier des enfants du peuple peut devenir lettré, et de lettré mandarin, et de mandarin ministre, en vertu de sa seule aptitude.