‹ Cours familier de Littérature - Volume 06Chapitre 124 sur 180 · XXVIII

XXVIII

L'ordre, selon la politique de la Chine, étant la première nécessité comme le premier objet de la société, passe avant la liberté.

La raison de Confucius est celle-ci: La liberté n'est que le bien de l'individu; l'ordre est le bien de tous. (Dirions-nous mieux aujourd'hui?)

Mais Confucius concilie dans une mesure très-équitable les nécessités de l'ordre avec la dignité de la liberté.

Écoutons Confucius sur cette partie de sa politique:

«Avoir plus d'humanité que ses semblables, c'est être plus homme qu'eux; c'est mériter de leur commander. L'humanité est donc le fondement de tout.»

Aimer l'homme, c'est avoir de l'humanité. Il faut s'aimer soi-même; il faut aimer les autres. Dans cet amour que l'on doit avoir pour soi et pour les autres il y a nécessairement une mesure, une différence, une proportion qui assigne à chacun ce qui lui est légitimement dû; et cette règle, cette différence, cette mesure, c'est la justice.

L'humanité et la justice ne sont point arbitraires; elles sont ce qu'elles sont, indépendamment de notre volonté; Dieu les a faites, non l'homme; mais, pour pouvoir les mettre en pratique et pour en faire une juste application, il faut qu'il y ait des lois établies, des usages consacrés, des cérémonies déterminées. L'observation de ces lois, la conformité à ces usages, la pratique de ces cérémonies, font la troisième de ces vertus capitales, celle qui assigne à chacun ses devoirs particuliers, c'est-à-dire l'ordre.

Pour remplir exactement tous ses devoirs sans troubler l'économie de l'ordre, il faut savoir connaître, il faut savoir distinguer, il faut appliquer à propos cette connaissance sûre, ce sage discernement, cet équilibre d'ordre, d'autorité, d'obéissance, de liberté!

(Et l'on appelle barbarie la civilisation basée sur de si sublimes axiomes!..... Ô ignorance et préjugé des races les unes contre les autres!)

Les relations entre les hommes de différents âges et de différentes dignités dans la société constituée ne furent pas pour Confucius l'objet de préceptes moins attentifs et moins humains.

«Vous avez tort, dit à son fils Confucius, de ne pas vous appliquer à l'étude essentielle des cérémonies. L'homme qui vit en société a des devoirs à remplir envers tout le monde; il doit rendre à chacun ce qui lui est dû. Dieu, les génies, les ancêtres ne doivent pas être honorés d'une même façon; il en est ainsi par rapport aux hommes avec qui l'on vit; on ne doit pas rendre les mêmes honneurs aux citoyens investis de différentes dignités. L'étude des cérémonies nous apprend comment on doit s'acquitter envers le ciel, les esprits et les ancêtres; elle nous enseigne à ne pas confondre les rangs.

«Ce sont les lois extérieures, expression des lois morales et politiques, qui doivent porter l'ordre et la hiérarchie graduée des fonctions dans la société[2].»

[Note 2: Traduction du P. Amyot dans les Mémoires concernant les Chinois.]