XXI
C'est le malheur de l'Italie, depuis sa déchéance politique, d'avoir conservé ses grandes facultés individuelles en ayant perdu sa nationalité. Elle enfante des Romains, et elle ne nourrit que des Italiens. L'énergie des caractères et la puissance des intelligences qu'elle produit sont en perpétuel contraste avec la petitesse des États et avec la servitude des institutions pour lesquels ces natures romaines devaient vivre; en sorte que cette noble et belle terre souffre doublement de rêver ce que fut l'Italie jadis, et de subir ce que l'Italie est aujourd'hui. Supplice cruel par lequel un peuple toujours vivant est encadré dans une nationalité, non pas morte, mais ensevelie. Dans un tel état de choses, les facultés de ses grands hommes ne servent qu'à les torturer davantage par le spectacle de l'impuissance de leurs destinées; de là des rêves, seule consolation des imaginations héroïques emprisonnées dans l'impossible.
Telle était l'Italie du temps de Rienzi et de Pétrarque, hélas! et telle elle est encore de nos jours. Une forte confédération de toutes ses petites puissances, reliées en faisceau par une grande puissance militaire extérieure, peut seule restaurer une ombre de l'antique Italie. Mais, à elle seule, elle ne peut rien: l'unité, source de toute force, lui manque; l'amitié pieuse des races qu'elle appelait jadis barbares lui est nécessaire. Il n'y a qu'une main armée qui puisse la relever sur son séant.