‹ Cours familier de Littérature - Volume 06Chapitre 4 sur 180 · IV

IV

L'illustre vieillard consola et raffermit son disciple; il lui dit que cette sécheresse momentanée d'imagination dont il s'affligeait n'était que le progrès de son esprit, qui, en lui faisant mieux voir jusqu'où il pouvait monter, le décourageait à tort, par le sentiment de la distance qu'il y avait entre son talent d'aujourd'hui et son idéal futur. «Sentir sa maladie, ajouta-t-il, c'est déjà le premier pas vers la guérison; persévérez et renoncez au barreau, où l'on ne s'adonne qu'à l'art de vendre des paroles ou plutôt des mensonges.» On s'étonne de ce mépris pour le barreau dans un jeune homme dont Cicéron était l'oracle et l'idole.

Son ami Jacques Colonna l'encourageait de son exemple et de ses conseils à persévérer dans la philosophie et dans la poésie. «Cet ami, écrit-il lui-même, était le plus aimable de tous les hommes; sa physionomie était agréable et distinguée, son extérieur grandiose annonçait un homme au-dessus des autres hommes. Il était facile à vivre, gai dans la conversation, grave dans la pensée, tendre pour ses parents, fidèle et sûr pour ses amis, affable et libéral pour tous malgré le beau nom qu'il portait et les talents d'esprit qui le distinguaient. On le voyait toujours simple et modeste avec une figure si séduisante, ses moeurs étaient pures et irréprochables, son éloquence naturelle était entraînante et irrésistible, on aurait dit qu'il tenait les coeurs dans sa main et les tournait à son gré; plein de candeur et de franchise, ses lettres et ses entretiens découvraient tout ce qu'il avait dans l'âme, on croyait y lire...»