‹ Cours familier de Littérature - Volume 07Chapitre 3 sur 182 · IV

IV

C'était la famille de Joseph Bonaparte, ex-roi de Naples et d'Espagne, réfugié en Amérique avec d'opulents débris de ses royautés.

C'était la princesse Borghèse, soeur de Napoléon. Je vivais familièrement avec son beau-frère, le prince Aldobrandini, et je voyais habituellement son mari, le prince Borghèse, le Crassus de l'Italie moderne. Il était né pour jouir et pour faire jouir, non pour gouverner; homme féminin, mari indulgent, prince nul. Il habitait ses palais de Toscane; sa femme habitait son palais et ses villas impériales de Rome. Je ne l'ai jamais connue, mais je l'ai entrevue quelquefois dans ses promenades en voiture sous les pins parasols, à travers les statues, moins belles qu'elle, des jardins Borghèse. C'était dans les dernières années de sa courte vie; elle resplendissait encore des reflets de son soleil couchant, comme une tête de Vénus grecque effleurée, dans un musée, par un dernier rayon du soir. Je ne sais par quel caprice, dans une femme où tout était caprice, jusqu'à la mort, elle menait ordinairement avec elle un pauvre capucin, assis à ses côtés dans sa voiture. Le contraste de ce capuchon de laine brune, de cette tête de l'ascétisme chrétien, à côté de ces cheveux semés de fleurs et de ce visage de beauté mourante après tant d'éclat, faisait monter le sourire aux lèvres ou les larmes aux yeux. Charmante créature qui mourait enfant!