‹ Cours familier de Littérature - Volume 07Chapitre 42 sur 182 · XLIII

XLIII

Or combien n'a-t-il pas fallu de réflexion, de sensibilité, de création mentale et manuelle, au peintre de ces deux grandes scènes de la vie humaine, pour avoir conçu, reproduit, exprimé tant de sentiments divers dans les physionomies de tant de personnages, si heureusement ou si douloureusement impressionnés? Combien n'a-t-il pas fallu de génie expressif pour traduire tant d'âme et tant de nuances d'âme sur les traits de ces visages? et, ajoutons, sur des traits toujours beaux; car, dans Léopold Robert comme dans la statuaire grecque, l'expression n'enlève jamais rien au _beau_, cette première condition de l'idéal dans l'art.

Et comment distinguerez-vous, dans des oeuvres si fortement empreintes de pensées et si communicatives de sentiment, comment distinguerez-vous, disons-nous, la peinture de la littérature, le dessinateur du poëte, le peintre du philosophe, le tableau du livre? Est-ce que l'un ne vous parle pas aussi clairement et aussi éloquemment que l'autre? Est-ce que la toile ne vaut pas la page? Est-ce que le pinceau ne rivalise pas avec la plume? Est-ce qu'il y a plus de langage dans un mot écrit que dans un trait peint? Est-ce que Michel-Ange n'est pas aussi foudroyant que Bossuet? Est-ce que Raphaël n'est pas aussi lyrique dans _la Transfiguration_ qu'_Isaïe_? Est-ce que Scheffer n'est pas aussi mystique que saint Augustin? Est-ce que Léopold Robert n'est pas aussi pathétique que Bernardin de Saint-Pierre dans son naufrage de Virginie? Est-ce qu'en sortant d'une galerie du Louvre ou du Vatican vous ne vous sentez pas l'âme aussi remuée qu'en fermant les plus beaux livres d'une bibliothèque?

S'il en est ainsi, pourquoi donc vous étonneriez-vous que j'aie fait entrer, pour la première fois, la musique et la peinture, et bientôt la statuaire, dans un cours de littérature?

Et pourquoi n'aurais-je pas choisi, pour cette innovation, un des plus littéraires des peintres de ce temps, Léopold Robert? Car c'est véritablement pour moi celui dont le crayon se rapproche le plus de la plume, le plus pensif et le plus senti, avec Scheffer, de tous ceux qui ont écrit leur âme avec des formes et des couleurs sur une toile. Ce ne sera pas un peintre si vous voulez, dirai-je à ces critiques, mais ce sera le plus lyrique, le plus pathétique, le plus dramatique, le plus idéal des écrivains à l'huile! Et si vous doutez de son talent, regardez sa vie et regardez sa mort; il a vécu de ses rêves, il a peint du sang de son coeur, il est mort de son génie. Blâmons son acte; plaignons sa défaillance; mais aimons son âme. Tout est infini en Dieu, même le pardon!

LAMARTINE.

XXXVIIIe ENTRETIEN

LITTÉRATURE DRAMATIQUE DE L'ALLEMAGNE.

LE DRAME DE FAUST

PAR GOETHE.