‹ Cours familier de Littérature - Volume 07Chapitre 81 sur 182 · XL

XL

La scène est transportée dans la rue, la nuit, sous la fenêtre de Marguerite. Un soldat, à demi ivre de douleur plus que de vin, revient de l'armée; il a appris en approchant de la ville la honte de sa soeur chérie, qu'il célébrait partout comme la gloire et la beauté de la famille. Il a noyé son humiliation et sa douleur dans quelques verres de vin; il vient à tâtons chercher le seuil de son enfance et s'assurer si sa soeur n'a pas été calomniée par la malignité des voisins.

En s'approchant de la maison il chante en s'accompagnant d'une mandoline quelques couplets grivois sur les filles qui se laissent séduire. Faust et Méphistophélès se rencontrent au même instant dans la rue, rapportant un écrin plein de bijoux des montagnes à Marguerite. Une querelle s'engage entre le soldat et le séducteur. Le soldat tombe frappé à mort sur le seuil de la maison par l'épée de Faust. Méphistophélès et Faust s'évadent; le peuple s'attroupe. Marguerite descend cependant pour recevoir le dernier soupir de son frère adoré; il la reconnaît avec horreur, l'appelle des noms les plus infâmes en présence de toute la ville, et meurt intrépide en la maudissant.

Arrêtons-nous là pour aujourd'hui, là où le pathétique commence, et réservons pour le prochain entretien les développements d'un drame qui se joue dans l'âme plus encore que sur la scène, et dont on ne peut omettre un détail, parce que chaque détail est un coup de sympathie mille fois plus acéré qu'un coup de poignard.

Il y a assez à réfléchir et à admirer sur cette première moitié de l'oeuvre du poëte, qui, en créant Faust et Marguerite, a créé non plus la tragédie des cours, des dieux ou des rois, mais la véritable tragédie du coeur humain!

LAMARTINE.

(_La suite au mois prochain._)

XXXIXe ENTRETIEN.

LITTÉRATURE DRAMATIQUE DE L'ALLEMAGNE.

LE DRAME DE FAUST

PAR GOETHE.

(2e PARTIE.)