‹ Cours familier de Littérature - Volume 07Chapitre 82 sur 182 · I

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Nous avons interrompu le dernier entretien au moment où l'expiation de l'amour commence pour le coeur de l'infortunée Marguerite, déjà trois fois involontairement coupable, mais restée toujours intéressante comme une victime tombée au piége de l'esprit infernal de Méphistophélès: une fois coupable de faiblesse contre l'amour surnaturel que lui inspirait Faust; une autre fois coupable d'avoir endormi sa mère du sommeil éternel en ne croyant lui donner qu'une goutte de pavot pour assoupir sa surveillance; une troisième fois coupable accidentellement du meurtre de son frère chéri par son amant, par suite de la mauvaise renommée que sa liaison fatale avec un séducteur étranger avait portée jusqu'aux oreilles de ce brave soldat, son frère.

Entrons à fond maintenant dans la pathétique horreur de ce drame, et voyons comment le poëte allemand, qui a joué jusqu'ici avec la riante et naïve imagination, va torturer de la même main les fibres les plus sanglantes du coeur! Théocrite devient Sophocle au besoin; mais nous nous trompons, ni Théocrite n'a de telles puretés virginales au commencement, ni Sophocle n'a de telles mélancolies à la fin. Goethe est Goethe: ne le rabaissons pas ici en le comparant. L'Allemagne lui doit de n'avoir rien à envier à la Grèce ou à Rome. Cet homme olympique montait de la terre au ciel et descendait du ciel à la terre avec la souplesse et la prestance d'un demi-dieu. D'une main il portait le monde antique, de l'autre le monde chrétien. Assistons à la dernière partie de son oeuvre, et laissons son divin génie le louer mieux que nous.