‹ Cours familier de Littérature - Volume 08Chapitre 127 sur 143 · VIII

VIII

Écoutez-en une autre d'un accent plus doux: il s'agit d'inviter un de ses amis, _Sextius_, à faire trêve aux soucis, ces frimas de l'âme, et à jouir des rares moments de plaisir que le destin permet aux mortels de glaner ici-bas. Voyez par quel gracieux prélude descriptif Horace prépare Sextius à ses conseils de sage jouissance de ses amis:

«L'âpre hiver se détend à la douce vicissitude du retour du printemps et des vents tièdes du midi; les cabestans traînent à la mer les navires longtemps à sec sous le sable du rivage; le troupeau ne se réjouit plus de la chaleur de son étable ni le laboureur de la flamme de son foyer; les prairies ne blanchissent plus des givres du matin; Cythérée, à la clarté de la lune suspendue dans l'éther, recommence à mener ses choeurs de nymphes qui se tiennent par la main et de grâces pudiques; elles frappent la terre en mesure dans leurs rondes, d'un pied cadencé, tandis que le divin forgeron rallume la flamme dans les noirs ateliers des Cyclopes.

«C'est l'heure de ceindre, d'enlacer à nos cheveux ou le myrte vert ou les fleurs nouvelles que la terre attiédie fait éclore.»

Puis, tout à coup, passant sans transition de ces images de toutes les choses renaissantes qui convient les sens à jouir à la pensée de la mort qui commande aux vivants de se hâter de vivre:

«La pâle Mort, s'écrie-t-il dans un vers d'un accent aussi funèbre qu'inattendu, la pâle Mort secoue d'un pied indifférent la porte de la cabane du pauvre ou des tours des palais des rois; là, heureux Sextius, la brièveté de la vie nous interdit de concevoir les longues espérances. Déjà pèse sur toi la sombre nuit des Mânes et s'avance sur tes pas l'ombre des vides demeures de Pluton, où, une fois entré, tu ne pourras plus tirer au sort la royauté des festins, ni admirer les grâces de ce tendre enfant Lycidas (sans doute son fils) que toute la jeunesse romaine envie, et qui, bientôt, fera palpiter le coeur ému des jeunes vierges.»

Et l'ode est finie, comme elle est commencée, par une image de félicités, entre lesquelles une sombre image de la brièveté de la vie, comme un cyprès noir entre deux arbustes verts et roses couverts de la blanche neige des fleurs du myrte ou des pâles roses des premiers églantiers fleuris.