‹ Cours familier de Littérature - Volume 08Chapitre 51 sur 143 · XI

XI

En reprenant son rôle d'historien, M. Thiers raconte ensuite, avec la verve d'un Molière politique, les rôles divers joués par le premier Consul, par sa femme, par ses frères, par ses soeurs, par le sénat, par le conseil d'État, par Fouché, par Cambacérès, ses confidents, chargés de risquer les indiscrétions et de subir les désaveux pour se faire offrir sous un nom ou sous un autre le titre du pouvoir monarchique dont il avait déjà la réalité. L'histoire ici touche à la comédie d'intrigue, et Beaumarchais y serait plus convenable que Tacite. Enfin, après mille manoeuvres de ses confidents contrariés par ce qui restait de décorum républicain dans les différents corps représentatifs, la douce violence est opérée, et, après avoir deux fois repoussé la couronne comme César au Cirque, le général Bonaparte passe du titre de premier Consul au titre de Consul _à vie_, et du titre de consul à vie à la prochaine proclamation de l'empire héréditaire. Ici le général Bonaparte n'a point d'effort illégitime à faire pour franchir ces degrés successifs qui mènent d'une magistrature républicaine à vie au pouvoir suprême; il n'a qu'à se laisser glisser sur la mobilité et sur la versatilité de la France, pliée d'avance à tous ses désirs.