‹ Cours familier de littérature, tome 8Chapitre 95 sur 143 · III

III

Horace était né à Venusia, en Apulie, contrée de l'Italie que nous appelons aujourd'hui les Calabres. Sa petite ville natale, exposée à un tiède soleil d'Orient, était couchée sur une pente tachetée d'oliviers, de cyprès et de myrtes. La route de Naples et de Rome serpentait en bas à côté d'un torrent souvent à sec. Cette contrée avait été jadis la Grande Grèce, site de colonies grecques visitées et civilisées par Pythagore. Les habitants, plus doués d'imagination que les Romains, s'y ressouvenaient de leur origine. Le génie riche, léger et naturellement éloquent d'Horace, est en effet ce qu'il y a de plus attique dans les écrivains romains: l'eau pure de la source se reconnaît jusque dans l'égout. Ce pays avait été primitivement habité par les Samnites, conquis et annexé par les Romains. C'est une branche allongée des montagnes des Abruzzes, si riches en paysages. La source limpide de Blandusie, splendidior vitro, s'épanchait non loin de Venouse. Horace, qui y trempait ses pieds enfant, devait la chanter un jour comme une des plus riantes images de sa mémoire. L'Aufide mugissant et perfide était un torrent qui écumait au fond de la vallée de Venouse; Horace lui a donné la célébrité d'un fleuve: les grands hommes sont la bonne fortune des lieux où ils jouent dans leur berceau, les poëtes surtout sont l'illustration de leur paysage.

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