‹ Cours familier de Littérature - Volume 09Chapitre 4 sur 194 · VI

VI

Quoi qu'il en soit, la seconde duchesse de Devonshire m'avait recherché à mon premier séjour dans cette capitale du monde, comme un jeune homme dont le nom promettait plus qu'il ne devait tenir. Elle m'avait présenté au cardinal Consalvi et par lui au pape Pie VII, dont les malheurs et les bontés éclataient sur sa gracieuse physionomie plus que la tiare sur son front. Malgré mon extrême timidité, qui ne m'a jamais permis de me mettre en avant que dans les grandes circonstances publiques, je vivais dans son intimité la plus journalière. Elle me traitait en fils plus qu'en protégé; à sa mort elle porta mon nom dans son testament, pour me prouver que sa pensée survivait en elle à la vie; je lui garde de mon côté un souvenir où la reconnaissance et l'attrait se complètent; excusez-moi d'en avoir parlé un peu longuement à propos de madame Récamier, son amie; ces deux figures se confondent, bien qu'elles ne se ressemblent pas. L'une, génie inquiet et politique, consacra sa vie à se grandir, l'autre à plaire; belles toutes deux, l'une fut belle pour posséder les esprits, l'autre pour entraîner les coeurs.