‹ Cours familier de Littérature - Volume 10Chapitre 27 sur 158 · I

I

J'ai sur ma table aujourd'hui deux livres que je viens de lire avec un grand charme, et qui me convient, par ce charme même, à me distraire un moment de l'antiquité avec mes lecteurs, pour donner un regard à la jeune France poétique d'aujourd'hui. Ces deux livres sont les poésies lyriques, philosophiques et religieuses de M. de Laprade, et un autre dont je vais vous parler après.

Mais avant de parler de ce dernier poëme que j'ai reçu hier, que j'ai lu d'une seule haleine cette nuit, rappelons-nous deux heureuses journées déjà loin de nous, qui nous feront connaître Laprade. La mémoire, c'est la lampe du soir de la vie: quand la nuit tombe autour de nous, quand les beaux soleils du printemps et de l'été se sont couchés derrière un horizon chargé de nuages, l'homme rallume en lui cette lampe nocturne de la mémoire; il la porte d'une main tremblante tout autour des années aujourd'hui sombres qui composèrent son existence; il en promène pieusement la lueur sur tous les jours, sur tous les lieux, sur tous les objets qui furent les dates de ses félicités du coeur ou de l'esprit dans de meilleurs temps, et il se console de vivre encore par le bonheur d'avoir vécu.