‹ Cours familier de Littérature - Volume 11Chapitre 106 sur 176 · VI

VI

Vient ensuite une _Tusculane_ sur les combats que le sage doit livrer à ses passions. Il définit la passion un _mouvement violent du coeur en disproportion avec la raison_. Définirions-nous mieux aujourd'hui cette sensibilité qui n'est _passion_ que par son excès?

Cicéron définit ensuite avec la même justesse toutes les passions qui affligent l'homme, et il distingue la passion, qui n'est qu'un mouvement instantané, du vice, qui est une habitude d'infirmité ou de dépravation de l'âme.

«Mais ce qui fait, dit-il, la différence entre les infirmités de l'âme et celles du corps, c'est qu'il peut nous survenir des maladies corporelles sans qu'il y ait de notre faute, et que nous sommes toujours coupables de nos maladies de l'âme. Le corps, composé de matières, n'est pas libre; l'âme est coupable parce qu'elle est libre.»

Quel traité de Fénelon ou de Nicole traite de morale en termes plus chrétiens?

«Il y a d'ailleurs une grande différence entre les âmes grossières et celles qui ne le sont pas. Celles-ci, semblables à l'airain de Corinthe qui a de la peine à se rouiller, ne deviennent que difficilement malades et se rétablissent fort vite. Il n'en est pas de même des âmes grossières, et, de plus, celles qui sont d'un caractère excellent ne tombent pas en toute sorte de maladie; rien de ce qui est férocité, cruauté, ne les attaquera; il faut, pour trouver prise sur elles, que ce soit de ces passions qui paraissent tenir à l'humanité, telles que la tristesse, la crainte, la pitié. Une autre réflexion encore, c'est qu'il est moins aisé de guérir radicalement une passion que d'extirper ces vices de premier ordre qui combattent de front la vertu. Il faut plus de temps pour l'un que pour l'autre. On peut s'être défait de ses vices et conserver ses passions.»