‹ Cours familier de Littérature - Volume 11Chapitre 107 sur 176 · VII

VII

La belle définition de la vertu, santé de l'âme, n'est pas moins éternelle!... Une qualité permanente de l'âme, qui est la raison elle-même en action!... Son portrait du sage ou du vertueux n'est pas moins admirable de définition et de style.

«Ainsi supérieure et à la tristesse et à toute autre passion, ainsi heureuse de les avoir toutes domptées, un reste de passion suffirait toujours, non-seulement pour priver l'âme de son repos, mais pour la rendre vraiment malade. Je ne vois donc rien que de mou et d'énervé dans le sentiment des péripatéticiens, qui regardent les passions comme nécessaires, pourvu, disent-ils, qu'on leur prescrive des bornes au delà desquelles ils ne les approuvent point. Mais prescrit-on des bornes au vice? ou direz-vous que de ne pas obéir à la raison, ce ne soit pas quelque chose de vicieux?

«Or la raison ne vous dit-elle pas assez que tous ces objets qui existent dans votre âme, ou de fougueux désirs, ou de vains transports de joie, ne sont pas de vrais biens, et que ceux qui vous consternent ou qui vous épouvantent ne sont pas de vrais maux; mais que les divers excès ou de tristesse ou de joie sont également l'effet des préjugés qui vous aveuglent, préjugés dont le temps a bien la force à lui seul d'arrêter l'impression: car, quoi qu'il arrive, nul changement réel dans l'objet; cependant, à mesure que le temps l'éloigne, l'impression s'affaiblit dans les personnes les moins sensées, et par conséquent, à l'égard du sage, cette impression ne doit pas même commencer.»