VIII
Sa théorie des passions n'est pas moins sévère; son rigorisme n'admet pas même la sainte colère qui possède en apparence l'orateur indigné dans ses accès d'éloquence. Il veut que le sang-froid soit conservé jusque dans l'imprécation contre le crime ou le vice.
«Quant à l'orateur, il ne lui sied nullement de se mettre en colère; il lui sied quelquefois de le feindre. Pensez-vous que je sois en courroux toutes les fois qu'il m'arrive de hausser le ton et de m'échauffer? Pensez-vous que, l'affaire étant jugée et absolument finie, quand il m'arrive de mettre mon discours par écrit, je sois en courroux, la plume à la main? Accius, qu'était-il en composant ses tragédies? Que croyez-vous qu'était Ésope, dans les endroits où il déclame avec le plus de feu?
«Un orateur, qui sera vraiment orateur, aura encore plus de véhémence qu'un comédien, mais sans passion et toujours de sang-froid. Les passions même les plus estimables, telles que celles des grands hommes vertueux, ne doivent rien prendre sur la tranquillité de l'esprit. À l'égard de la tristesse, qui est la chose du monde la plus détestable, comment les philosophes en font-ils l'éloge!»