‹ Cours familier de Littérature - Volume 13Chapitre 96 sur 217 · XXIX.

XXIX.

Celui-là n'est pas né à Saint-Lupicin, ce n'était qu'un fief de sa famille; la principale habitation de ses pères était dans la plaine vineuse du Jura, riche et grasse, et dans les environs de Lons-le-Saunier, capitale de ces montagnes.

C'est là qu'est né Louis de Ronchaud. Son père, gentilhomme franc-comtois, attaché aux Bourbons par leurs droits traditionnels, et surtout par leurs malheurs, fut élu par le peuple à la chambre des députés en 1816, pour représenter le pays. La loyauté de sentiment jointe à la modération et au patriotisme de race donna à sa candidature une unanimité de convenances aristocratiques et de confiance populaire qui fut justifiée par ses votes; il fut royaliste sans cesser d'être national. Sa mort précoce affligea du même deuil les royalistes et les libéraux. Il laissait une veuve encore jeune et trois enfants, deux fils et une fille; ils furent bientôt après orphelins; Louis de Ronchaud, qui était l'aîné, n'usa de ses droits que pour prodiguer à son frère et à sa soeur les sacrifices que son père aurait faits à ses enfants.

Son frère eut en partage la terre et l'habitation principale de la maison; sa soeur, aujourd'hui veuve, fut mariée à un gentilhomme de Montauban. Elle a apporté, dans ce Midi presque espagnol, cette limpidité sereine du caractère du Nord, beauté des étoiles dans nos nuits d'hiver; ses yeux couleur d'eau du lac d'_Antre_ sur le plus haut sommet de Saint-Lupicin, et ses cheveux blonds, soyeux et touffus comme une poignée de lin du Jura, rappellent aux climats méridionaux qu'elle habite l'image d'une Velléda des Gaules, les pieds nus dans les neiges, la tête dans l'auréole de l'inspiration grecque ou romaine.