III.
Vous-même, peu de temps après 1830, vous combattîtes Louis-Philippe dans le _National_, cette _Satire Menippée_ du temps; je ne vous suivis pas. Une république de fantaisie me paraissait coupable; j'attendis l'heure d'une république de nécessité. Je m'y jetai alors, et la république sauva tout, tant qu'elle ne se transforma pas en _Montagne_ et ne menaça pas la France de spoliation et d'échafaud. Moi-même elle m'avait répudié comme un homme d'ordre, et mes dix nominations de 1848 m'avaient remplacé par dix montagnards!
L'armée alors joua le tout pour le tout, et accomplit son mouvement d'où sortit un homme. Comme républicain fidèle et sensé, je m'affligeai mais je ne m'étonnai pas: entre une épée et un échafaud, la France n'hésitera jamais!
Je me retirai pour toujours alors; ma page était écrite; l'honneur me condamnait à un éternel ostracisme.
Vous n'aviez, vous, ni les mêmes devoirs, ni les mêmes antécédents, ni les mêmes points d'honneur; vous pouviez transiger et choisir; vous parûtes vous rallier à un second _dix-huit brumaire_, bien supérieur, selon moi, au premier. Je ne peux pas et je ne veux pas le juger ici.
· · ·
L'histoire jugera dans quelques années; je n'ai pas d'humeur contre l'histoire. La France peut se ranger d'un autre parti que moi. _La France, c'est la France!_ nous ne sommes que des Français; elle a toujours raison de se sauver quand il lui est démontré qu'elle se sauve!--Passons!--