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Tout indique que Marie Stuart et Rizzio voulurent faire une tragique diversion à cette animadversion publique en sacrifiant à la rage presbytérienne du peuple un autre amant que l'amant véritable, et en donnant pour satisfaction au clergé protestant le sang d'un pauvre insensé! Cet insensé était le page du maréchal de Damville, ce jeune du Chatelard, resté, comme on l'a vu, à Holyrood pour y entretenir par correspondance son maître de tout ce qui touchait la reine, son idole. Du Chatelard, traité en enfant par l'indulgence et par le badinage de Marie Stuart, avait conçu pour sa maîtresse une passion qui allait jusqu'à la démence; la reine l'encourageait trop pour avoir le droit de la punir. Du Chatelard, sans cesse admis dans la familiarité la plus intime de sa maîtresse, avait fini par confondre le badinage et le sérieux, et par se persuader que la reine ne désirait qu'un prétexte pour tout accorder à son audace. Les dames du palais le découvrirent un soir, à l'heure du coucher, caché sous le lit de la reine; il en fut expulsé avec indignation, mais on n'attribua cette témérité qu'à l'étourderie de son âge et de son caractère. La raillerie fut sa seule punition. Il continua à professer à la cour son culte d'adoration pour Marie Stuart, à remplir le palais de ses vers amoureux et à réciter aux courtisans ceux que Ronsard, toujours possédé de la même image, adressait de Paris à la reine de sa lyre.
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Quand cet yvoire blanc qui enfle votre sein, Quand vostre longue, gresle et délicate main, Quand vostre belle taille et vostre beau corsage Qui ressemble au pourtraict d'une céleste image; Quand vos sages propos, quand vostre douce voix Qui pourroit esmouvoir les rochers et les bois, Las! ne sont plus icy; quand tant de beautez rares Dont les grâces des cieux ne vous furent avares Abandonnant la France, ont d'un autre costé L'agréable sujet de nos vers emporté; Comment pourroient chanter les bouches des poëtes, Quand par vostre départ les Muses sont muettes? Tout ce qui est de beau ne se garde longtemps: Les roses et les liz ne règnent qu'un printemps.
Ainsi vostre beauté, seulement apparüe Quinze ans en nostre France est soudain disparüe, Comme on voit d'un esclair s'évanouir le trait, Et d'elle n'a laissé sinon que le regret, Sinon le desplaisir qui me remet sans cesse Au coeur le souvenir d'une telle princesse.
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J'envoiray mes pensers qui volent comme oiseaux; Par eux je revoiray sans danger à toute heure Cette belle princesse et sa belle demeure: Et là pour tout jamais je voudray séjourner, Car d'un lieu si plaisant on ne peut retourner.
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La nature a toujours dedans la mer lointaine, Par les bois, par les rocs, sous les monceaux d'areine, Fait naistre les beautez, et n'a point à nos yeux N'y à nous fait présent de ses dons précieux: Les perles, les rubis sont enfants des rivages, Et toujours les odeurs sont aux terres sauvages. Ainsi Dieu, qui a soin de vostre royauté, A fait (miracle grand) naistre votre beauté Sur le bord estranger, comme chose laissée Non pour nos yeux, hélas! mais pour notre pensée!
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Ces beaux vers de Ronsard auraient dû être l'excuse de la passion d'un poëte aussi épris, mais moins discret que lui.
Du Chatelard, surpris une seconde fois caché derrière les rideaux du lit de la reine, fut mis en jugement et condamné à mort par les juges d'Édimbourg pour attentat médité contre la reine. D'un mot, Marie Stuart pouvait commuer la peine ou faire grâce au coupable. Elle l'abandonna lâchement au bourreau. Monté sur un échafaud dressé en face des fenêtres du palais d'Holyrood, théâtre de son délit et séjour de la reine, il mourut en héros et en poëte. «Si je ne suis pas _sans reproche_ comme le chevalier Bayard, mon ancêtre, dit-il, je suis du moins _sans peur_ comme lui.» Il récita pour toute prière sur l'échafaud la belle ode de Ronsard sur la Mort; puis, portant son dernier regard et sa dernière pensée sur les fenêtres du château qu'habitait le charme de sa vie et la cause de sa mort: «Adieu, s'écria-t-il, toi si belle et si cruelle, qui me tues et que je ne puis cesser d'aimer!»
Cette tragédie fut comme le prélude de toutes celles qui devaient bientôt après consterner et ensanglanter ce palais des voluptés et des crimes.