XIX
Au retour de ce long pèlerinage, madame Guyon fit imprimer à Lyon une explication du _Cantique des cantiques_ de Salomon, et quelques autres écrits sur la contemplation. Ces doctrines, renouvelées de Platon et des premiers contemplateurs chrétiens, consistaient à recommander aux âmes pieuses, comme type de perfection, un amour de Dieu pour lui-même, désintéressé de toute récompense comme de toute crainte. L'Église s'émut de ces doctrines. Madame Guyon et le père Lacombe, qui venait de rentrer à Paris, furent arrêtés. Le religieux, interrogé, jeté à la Bastille, fut enfin renfermé au château de Lourdes, dans les Pyrénées, pour y languir pendant de longues années d'expiation. Madame Guyon, enfermée de son côté dans un monastère de la rue Saint-Antoine, subit les interrogatoires sévères de l'Église, et se lava victorieusement de toutes les accusations de scandale et d'impiété. Elle devint l'édification du couvent qui lui servait de prison. Madame de Maintenon, intercédée en sa faveur, lui fit rendre la liberté. Madame Guyon courut rendre grâces à sa libératrice qui, subissant la fascination générale, la rapprocha d'elle comme un foyer de piété, d'éloquence et de grâce. Elle l'introduisit à Saint-Cyr, maison où elle avait rassemblé l'élite des jeunes filles nobles du royaume. Ce fut là que Fénelon rencontra madame Guyon. La conformité de tendresse et d'exaltation de ces deux âmes également religieuses, ne tarda pas à établir entre Fénelon et madame Guyon un commerce spirituel où il n'y eut de séduction que la piété et de séduit que l'enthousiasme.