XXVII
Aussitôt qu'on eut connaissance à Paris de ces aveux du délire, on fit transférer le religieux au château de Vincennes. Là il écrivit, sous l'insinuation, sous la contrainte, à madame Guyon une lettre où il l'exhortait, comme sa complice, à confesser leurs égarements et à se repentir. Le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, lut cette lettre à madame Guyon et la somma d'avouer les désordres confessés par le religieux. Celle-ci se souleva contre une telle horreur et fut transférée, pour subir une plus étroite captivité, à la Bastille, où elle persista dans son innocence et dans son supplice. On s'empressa néanmoins d'envoyer ces lettres infamantes à Rome, pour y ternir celui qu'on voulait perdre.
Le cardinal de Noailles, Bossuet, madame de Maintenon elle-même, sur la foi de ces rêves d'un insensé, ne doutèrent plus du crime du religieux et de madame Guyon.
«Ces lettres, écrivait l'abbé Bossuet à son oncle, feront plus d'impression que vingt démonstrations théologiques.»
La démence du religieux ne tarda pas à éclater. On le jeta dans une loge d'aliénés, où il mourut dans le délire.
On fut forcé de reconnaître que Fénelon n'avait jamais vu ce religieux et n'avait entretenu aucune correspondance avec lui. On se vengea de cette déception de l'animosité par l'expulsion de tous les amis de Fénelon de la cour du duc de Bourgogne.