XXXIX
Bientôt tout changea de face. Madame de Beaumont tomba malade de la poitrine. Chateaubriand, par la protection de M. de Fontanes et de madame Bacciochi, soeur de Bonaparte, et toute-puissante sur lui à cause de la virilité de son caractère, demanda à entrer dans la diplomatie. Bonaparte l'agréa et le nomma secrétaire d'ambassade à Rome, heureux d'adresser au pape le jeune écrivain restaurateur de la religion. Il fut présenté au consul, reçut de M. de Talleyrand, qu'il a depuis si maltraité, son titre et ses instructions.
Il quitta Paris et s'achemina vers Rome, laissant madame de Beaumont en France; mais elle devait le rejoindre bientôt à Rome.
Quant à madame de Chateaubriand, déjà oubliée depuis plusieurs années, il l'avait entrevue à Paris et l'avait de nouveau négligée. Elle était un hors-d'oeuvre dans sa vie; elle disparut pour longtemps. Le dévouement aux amies loyales ne faisait point partie des prescriptions du culte restauré. Femme d'esprit, d'un caractère épineux et difficile, elle laissait son mari libre et vivait çà et là avec ses belles-soeurs, délaissées comme elle.